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Il pleut toujours quand nous arrivons au musée. Valdas avance le car le plus possible sous l’immense auvent de ce gigantesque musée ultra-moderne consacré à l’histoire de l’Estonie et à sa culture, si bien que nous ne sommes pas mouillés !

Je photographie au loin cette étrange maison « à l’envers », inclinée à 7° sur les deux axes alors que la plupart des maisons à l’envers dans le monde ne sont inclinées que sur un axe.. Le mobilier se trouve au plafond, j’aurais aimé visiter cette maison !

 

Le musée national estonien mesure 800 m de long. Bâtiment en verre. 140 000 objets retracent l’histoire des traditions estoniennes ainsi que des groupes finno-ougriens notamment Finnois et Estoniens (Finnois) et Hongrois (ougriens). Ces groupes parlent les langues finno-ougriennes qui ne font pas partie des langues indo-européennes ni des langues slaves.

Ce musée, ouvert depuis 2016, est une merveille technologique. Chacun reçoit un billet personnalisé muni d’un Qr-code. Il suffit de le présenter aux écrans pour accéder à la version française des explications. Le Qr-code permet également de récupérer ces textes. À la maison, il suffit de scanner ce Qr-code pour avoir accès à tout ce que nous avons enregistré. Plus rapide et plus sûr que de prendre une photo !

En Estonie, tout est informatisé. Nous avons déjà constaté qu’il n’est pas pratique de payer en liquide, même pour un café ou une carte postale. Certains commerçants préfèrent le paiement en carte, même pour de petites sommes. C’est le premier pays à avoir adopté le vote en ligne en 2005. On peut voter trois fois, le dernier est validé.

Le drapeau estonien :

Il a été créé par l’Union des étudiants estoniens à la fin du XIX è siècle. Proposée en 1870 par les étudiants nationalistes, l’idée d’un drapeau est refusée par les autres corporations (allemandes). En 1882, un étudiant traverse Tartu en fiacre avec une coiffe aux couleurs estoniennes (bleu, noir, blanc) et est poursuivi par les corporations allemandes. En 1884, les couleurs sont cousues en drapeau et le drapeau est trempé dans le lac de Puhajan (lac sacré). C'est ce drapeau que nous voyons ici. Ce drapeau des étudiants estoniens est adopté comme drapeau national en 1918. En1940, il est interdit et remplacé par le drapeau rouge. Le drapeau historique est enterré dans une ferme et remis en 1992 à l’Union des étudiants puis au musée.

Le bleu représente le ciel (ou la mer), le noir la souffrance, la vaillance, la colonisation, le servage, les riches terres noires, le blanc l’espoir d’un avenir meilleur, les proches laissés derrière soi, la neige, tout ce qui est beau. Pendant le régime soviétique, les gens portaient de petits drapeaux camouflés ou s’habillaient en couleurs nationales. On tricotait des pulls et on coloriait les images des recueils de poèmes aux couleurs nationales. On appelle ce drapeau, symbole de joie, de tristesse, de résistance, de nostalgie, le sinimustvalge (littéralement : bleu, noir, blanc)

La voie balte :

En 1989, les Estoniens apprennent, cinquante ans après, l’existence du pacte Molotov-Ribbentrop. Ils décident de faire une chaîne humaine avec la Lettonie et la Lituanie. La chaîne va de Vilnius à Riga (687 km), chantant « les pays baltes se réveillent ». le site du musée propose, via le billet d’entrée, d’envoyer des témoignages.

 

Dans les années 1980, les vêtements, sacs et autres accessoires venant d’Occident colportaient la culture de masse occidentale. Ils coûtaient cher et s’achetaient au marché noir. Quand le sac ou le pantalon se déchirait, on le réparait avec du ruban adhésif. On pouvait aussi renforcer les anses des sacs avant de les utiliser.

 

Les religions :

le christianisme a été introduit au XIII è siècle. En 1215, le pape Innocent III baptise cette terre Maarjamaa (=Marie). Le luthérianisme s’impose à partir du XVI è siècle jusqu’à nos jours.

Chasuble de l’évêque Platon (1869-1919), premier évêque orthodoxe d’origine estonienne. Croix et couronne de fiancée.

Le premier livre arriva en Estonie au milieu du XV è siècle. Fin XV è, on commença à éditer à l’étranger puis dans le pays. La première imprimerie ouvrit à Tartu en 1631.

Le coq figure dans les manuels allemands dès la fin du XVI è siècle. Ici, il a trois rubans autour du cou, symbolisant le reniement de saint Pierre.

Une silhouette qui se détruit et se recompose. Miracle technologique.

La dame de Kurkuse : XII – XIII è . En 2009, on découvrit une sépulture collective (50 squelettes). Celui de cette femme a été étudié par plusieurs corps de scientifiques. Cette femme a vécu 40/50 ans, sa dentition était excellente, elle était principalement végétarienne (les femmes mangeaient moins de poisson et de viande que les hommes). Elle était placée dans un cercueil en bois. Elle était vêtue d’habits de fête, un tablier richement brodé (cela montre qu’elle était mariée), des chaînes de bronze et des médailles en argent, des perles de verre, un collier avec une croix, c’était donc une des premières converties au catholicisme.

???

Vers 1756, on inocula la variole à partir de pus de variole humaine à deux paysans, ce qui n’était pas sans risque. À cette époque, 12 à 19 % de décès étaient dus à la variole. Il devenait urgent de trouver une solution. Ce n’est que quarante ans plus tard que le vaccin fut administré à partir de la variole bovine. D’autres maladies causaient beaucoup de décès : la peste, la rage, le typhus, la dysenterie, le choléra, la scarlatine ; la malaria…. Les médecins incriminaient les miasmes, les paysans la magie.

Beaucoup d’objets du quotidien sont exposés. Le paysan (90 % de la population) était un serf. Il appartenait au propriétaire, comme la terre et la demeure qu’il n’avait pas le droit de quitter. Le servage ne sera aboli que dans la première moitié du XIXè siècle. À cause de la longue période servage, les paysans ont concentré leur créativité sur ce que l’on utilisait chez soi et lors des événements en groupe, notamment les mariages (cadeaux aux mariés, porte-bonheur et objets magiques)

Par la suite, les premières usines apparurent, le transport par charrettes fut remplacé par les bateaux et les trains. On comprit que le territoire sur lequel on vivait formait un tout et le sentiment national des estonophones devint de plus en plus important.

L’Estonien se prépare en permanence à l’hiver. Les jours sont longs en été mais très courts en hiver et les bougies sont importantes.

collection de moufles et de gants.

Collection de chaussettes.

Le gouvernement estonien, ayant vu une similitude entre kratts et intelligence artificielle, a utilisé cette légende comme métaphore de l'IA et de ses complexités. Ainsi, la loi sur la responsabilité algorithmique est surnommée la « loi kratt ». Pour rappel, voici ce qu’est un kratt (roman Les groseilles de novembre). CLIC

kratt dans le film November

le kratt bonhomme de neige, raconteur de belles histoires d'amour, a été fabriqué par Hans, le régisseur du domaine, amoureux de la jeune baronne allemande.

 

La pierre du sacrifice ; Cette pierre cultuelle à petits trous date du I siècle av JC. Il y en a plus de 1800 en estonie, liées au culte des morts venu de Scandinavie, peut-être aussi à des rites de fertilité. Elle a été découverte en 1994 et incorporée à l’exposition de l’époque et les gens se mirent à y déposer des offrandes. Les dons vont à la caisse de charité.

La culture sous le régime soviétique : Les institutions culturelles étaient bien subventionnées (théâtre, concerts, cinéma, livres). Des sorties étaient organisées tous les mois. En 1973, un Estonien sur trois allait au théâtre une fois par mois. Dans les années 60, l’esprit soviétique a fini par s’enraciner. Sous Staline, les médias étaient contrôlées, la surveillance se relâche sous Brejnev. Les gens cherchaient à capter les radios occidentales, la préférée étant Radio Luxembourg. Le pouvoir s’efforçait de brouiller les pistes, dépensant, au milieu des années 80, des milliards pour cela.

zone frontière, entrée avec permis

Jeu d’échecs offert par ses amis à Helmut Sandström quand il a quitté la Suède pour le Canada en 1950. En 1944, cet océanographe d’origine estonienne avait quitté l’Estonie pour la Suède.

je ne sais plus ce que Guy faisait sur ce lit, sans doute informatisé. Il ne sait plus non plus ! ChatGPT  me donne quelques indications : dans l'exposition Encounters, ce lit interactif marque la transition entre l'oppression sooviétique et l'Estonie résiliente, innovante et numérique. Ce lit invite à s'allonger pour vivre un moment de pause et de réflexion, physique et mentale. À vérifier ! Quelqu'un connaît-il ce musée ?

 

L’Estonie est rapidement devenue une des sociétés numériques les plus avancées. La première connexion permanente a vu le jour en 1992 avec le réseau reliant l’Académie des sciences d’Estonie et l’Université technologique de Suède. Les premiers usagers ont été les enseignants et les chercheurs.

Skype a été développé par les programmateurs Ahti Heinla, Priit Kasesalu et Jaan Tallin. Sur cette chaise et avec cet ordinateur, Jaan Tallin a codé une grande partie de Skype. Les trous du capitonnage viennent de sa manière de s’asseoir et de réfléchir. L’ordinateur tournait sous Windows XP avec le logiciel Visuel Studio.

Aujourd’hui, le numérique est présent dans tous les aspects de la vie. Le gouvernement l’utilise dans tous les domaines et les startups montées par les Estoniens sont connues sous le nom de #Estonianmafia.

Le « grand-père » de #Estonianmafia est peut-être le premier président post-soviétique Lennart Meri (1992-2001) qui s’est battu pour relier l’Estonie au monde. C’est sous son mandat qu’ont vu jour des infrastructures comme l’aéroport de Tallinn, le réseau téléphonique et les premières connexions internet. En 1996, il a lancé le programme « saut du tigre » pour équiper les écoles en ordinateurs et former les professeurs et les élèves.

Depuis 2000, le papier a disparu du Conseil des ministres et depuis 2007, on vote par Internet. 94 % des Estoniens déclarent leurs revenus par internet en moins de 5 min.

Le programme d’e-residence permet à des étrangers de profiter, grâce à leur identité numérique, de tout l’environnement des services numériques. On attend jusqu’à 10 millions d’e-résidents en 2005 (rappeler que l’Estonie compte environ 1 400 000 habitants). CLIC

En mars 1997, revenant du Japon, pays connu pour la modernité de ses toilettes, le président Meri a tenu une conférence plus ou moins légendaire(devenue célèbre) dans les toilettes de l’aéroport de Tallinn, en découvrant un abattant cassé, à côté de la cuvette des toilettes. Cela a déclenché un programme de modernisation de l’aéroport.

Le président Meri était un personnage très charismatique, cultivé et doté d’un humour noir. J’ai demandé à ChatGPT d’écrire un texte sur cet épisode :

(La scène s’ouvre dans des toilettes propres mais étroites. Des câbles serpentent le sol, un micro est fixé tant bien que mal sur un tuyau. Le président Meri, grand, élégant, entre en ajustant sa veste. Il observe un abattant cassé, suspendu de travers.)

Lennart Meri (regardant autour de lui, calme) :
— Mesdames, messieurs... Bienvenue dans les locaux diplomatiques de la République d’Estonie. Ce jour, nous parlons liberté... dans un cabinet.

(Les journalistes rient légèrement, un peu gênés.)

Journaliste finlandais (à voix basse, à sa consœur) :
— Ce président… il a de l’aplomb.

Assistante (rouge, lui tendant des feuilles) :
— Monsieur le Président, la presse est prête.

Lennart Meri (s’assoit sur le rebord du lavabo, puis se ravise, regarde le WC cassé, et lance en montrant l’abattant cassé) :
— Et voici notre plus grand défi structurel du moment. Même l’abattant des toilettes de la république refuse de coopérer. Un jour, nous aurons des institutions solides... et des toilettes aussi.

(Il sourit. Rires plus francs dans la salle.)

Lennart Meri (plus sérieux, regardant les journalistes) :
— L’Estonie n’a pas encore de salle de presse digne de ce nom. Mais nous avons la parole libre. Et aujourd’hui, c’est ici que cela se passe. Vous direz à vos rédactions : "Nous avons vu un pays renaître, depuis la plomberie."

 

Une Mercedes, offerte à Meri, est également exposée dans le hall du musée. Lorsqu'il a fallu la remplacer quelques années plus tard, Meri a renoncé : il pouvait aussi marcher et utiliser son vélo. Cela montre qu'en Estonie, les gens semblent fiers d'une attitude non conventionnelle.

Téléphone par satellite de Lennart Merri de 1993 à 1998, utilisé lors de ses déplacements à l’étranger ou en secours lors des sessions hors les murs du Parlement.

un site intéressant : CLIC

 

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