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  • Prix Malesherbes, le libraire du roi, 2025. Dimanche 21 septembre à 15 h au Musée de l’Imprimerie de Malesherbes

Pour rappel, le prix est décerné à un livre sur les livres, un livre qui parle de livres, qui parle de la volupté de lire et d’écrire. Le livre doit être écrit en langue française et avoir été publié il y a moins d’un an.

Dans un premier temps, huit ouvrages nous ont été proposés :

Indemne, où va Moby Dick ? (Myriam Watthee-Delmotte).

Le bon Denis (Marie Ndiaye)

Montaigne-La Boétie, une ténébreuse affaire (Philippe Desan)

Ma vie avec Marcel Proust (Catherine Cusset). J’ai beaucoup aimé La haine de la famille, Un brillant avenir. Le problème avec Jane est depuis longtemps dans ma pile à lire.

Des gens sensibles (Éric Fottorino). J’aime cet auteur (L’homme qui m’aimait tout bas, Baisers de cinéma, Petit éloge de la bicyclette, Questions à mon père)

Une histoire de l’imprimerie et de la chose imprimée (Olivier Deloignon)

Vers l’écriture (Jeanne Benameur). J’aime beaucoup cette auteure (Profanes, Les Demeurées)

Vertiges, penser avec Borges (Jean-Pierre Dupuy)

 

Ce sont les quatre premiers qui ont été choisis pour la finale (personnellement j’avais choisi Des gens sensibles qui me semblait davantage convenir au thème que Le bon Denis.

J’ai cependant beaucoup aimé les quatre ouvrages finalistes.

Le bon Denis, quatre textes poétiques qui évoquent la quête du père. Le deuxième m’a beaucoup émue car Marie NDiaye y évoque l’enfance de ses parents, son père à Dakar, sa mère dans ce village de Beauce-Gâtinais à 10 km de Malesherbes. Une enfance comme nous en avons toutes connue dans les années 50.

Ma vie avec Marcel Proust. Ou comment la lecture de Proust est intervenue par trois fois dans la vie de l’auteure. Une écriture alerte, souvent drôle qui mêle ses souvenirs personnels aux personnages de Proust. J’avais oublié que À la recherche était si drôle avec la marquise de Cambremer (et le Camembert), les deux tomates, le liftier… Le livre de Catherine Cusset donne l’envie de relire Proust… à suivre !

Montaigne-La Boétie, une ténébreuse affaire. Et si « Parce que c’était lui, parce que c’était moi » n’était « que du pipeau » ? Si Montaigne avait assassiné La Boétie ? Le livre commence avec Montaigne et La Boétie et se termine de nos jours avec des universitaires qui mènent l’enquête. Mais le gouvernement et le ministère de l’Éducation nationale n’entendent pas déboulonner Montaigne, un pilier des lectures du bac de français. Un livre qui mêle du vrai et du virtuel.

Mon préféré c’était Indemne, où va Moby-Dick ? ! J’ai beaucoup aimé ce livre et j’ai pris le temps de le savourer, ne lisant que trois chapitres par jour.

Le narrateur est Ismaël, comme dans le roman de Melville. Un exemplaire de l’édition d’origine de 1850 passe de main en main (17 « passeurs »), il a une vie trépidante (parfois monotone), il est offert, prêté, perdu, volé, oublié sur un banc, il tombe depuis la sacoche d’un vélo, il sert de support à une statue d’Elvis, il voisine avec Peter Pan, Alice ou les pensées de Pascal, il écoute de la musique (dont le fameux solo de John Bonham de Led Zep!)… Il côtoie tous les métiers du livre, bibliothécaire, libraire de livres d’occasion, illustrateur, lectrice dans un hôpital, relieuse, bibliophile, bibliomane atteint de tsundoku ...Le livre termine sa vie dans un musée après avoir été somptueusement relié. Il va pouvoir se reposer et cela vaut mieux que d’être mangé par un bibliophage !

Les 17 passeurs sont des personnages fictifs (l’histoire de Charlie et Yvonne m’a beaucoup émue), et… et aussi des personnages célèbres : Jean Giono qui a fait traduire pour le première fois le livre en français (le livre n’était pas connu à cette époque, ni en France, ni aux États-Unis), Yannick Haenel qui a découvert le roman quand, brution au Prytanée militaire de la Flèche, il a été enfermé toute la nuit dans une salle remplie de livres. Le livre est passé également dans les mains de Christophe Chabouté, génial dessinateur de BD, prêté par la boulangère du Château d’Oléron. C'est lui qui a dessiné la couverture du livre de Myriam Watthee-Delmotte.

Il est enfin offert à Michel Wittock, collectionneur belge qui le fait relier et l’offre au musée des arts du livre et de la reliure à Bruxelles, la Wittockiana.

Pour Myriam Watthee-Delmotte, certains passeurs étaient obligatoires. Par exemple la lectrice professionnelle (elle existe vraiment et l’histoire dans laquelle elle apparaît existe vraiment)

J’ai aimé aussi découvrir dans ce livre les tableaux d’Alfred Kappes (Tattered and Torn

, In the kitchen

, Morning Feeding,

Virginia Gold Mining

et ceux de Illya Répine (Quelle liberté,

Cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie) CLIC

et le tableau de Ivan Aivarovsky (La vague).

C’est donc ce livre qui été choisi pour le Prix 2025. L’autrice est venue répondre à nos questions (échange animé par Jean-Marc Providence).

Myriam Watthee-Delmotte est une universitaire et analyste littéraire belge. Elle est Directrice de recherches du Fonds national de la recherche scientifique belge et professeur émérite de littérature française à l'Université catholique de Louvain, où elle a créé le Centre de Recherche sur l'Imaginaire et le Fonds Henry Bauchau, un écrivain dont elle gère les droits moraux.  Elle est Membre titulaire de l'Académie royale de Belgique. Elle est la Présidente des Amis de la Wittockiana, le Musée des arts du livre et de la reliure (Bruxelles).

 

Myriam Wathee-Delmotte a choisi Moby-Dick en souvenir d’un mémoire de fin d’études en littérature comparée qu’elle avait fait quand elle avait 20 ans. Elle aimait ce roman qui est à la fois une quête de l’absolu, un roman d’aventures, un documentaire sur la vie des marins, une étude psychologique.

C’est le premier roman de Myriam Watthee-Delmotte qui avait jusque là écrit uniquement des œuvres scientifiques pour lesquelles elle a reçu des prix.

Elle revient sur le litre Indemne auquel elle a ajouté où va Moby-Dick ? pour qu’on comprenne de quoi il s’agit. Le nom du cachalot est écrit avec un tiret comme dans l'édition originale (la traduction française ne porte pas de tiret). Le mot Indemne est différent de Intact. Ce dernier mot signifie "qui n’a pas été touché" alors que le premier signifie « Qui a résisté à la damnation ». C’est le cas d’Ismaël qui sort indemne du naufrage et c'est aussi le cas  du livre mis en scène dans le roman de Myriam. Il sort de toutes ses épreuves indemne mais a dû résister au feu, à l’eau, à la chute, aux crocs d’un chien…

Chaque chapitre commence par une citation (comme dans le Moby-Dick de Melville). Si dans le livre de Melville, les citations ont effarouché les lecteurs, ici elles apportent un plus. Par exemple « La littérature, comme toute autre forme d’art, est l’aveu que la vie ne suffit pas." (Pessoa)

« On ne lit pas un livre, on se lit à travers un livre, soit pour se découvrir, soit pour se contrôler » a écrit Romain Rolland. Le livre s’adresse toujours à une liberté, celle du lecteur. La musique ou un tableau vient à nous en une fois alors que le livre mobilise notre liberté de lecteur, celle de lire, en faisant parfois un effort, d'abandonner la lecture, de sauter des pages...

Lire, c’est éveiller, veiller, s’émerveiller.

Myriam Watthee-Delmotte a voulu insérer dans ce livre des choses qui font partie de la chronique familiale, elle a voulu mettre les tableaux qui la fascinent (ceux de Kappes, Répine et Aivarovsky).

Elle a voulu lier toutes les histoires de manière cohérente.

Elle évoque ensuite l’empathie de Melville, à travers celle d’Ismaël. Melville était pour l’égalité des blancs et des noirs, comme Alfred Kappes (voir les tableaux), c’est pourquoi dans son roman, Melville donne le livre à Kappes.

Le dernier passeur est Michel Wittock, collectionneur belge, ce qui lui permet de mettre en scène son pays. Michel Wittock achetait des livres et les confiait à des professionnels pour des reliures contemporaines (ici c’est Nathalie Barjon). Le livre est installé dans un coffret imputrescible.

La Belgique tient une place importante dans le livre : le collectionneur, l’écrivain Henri Bauchau et même le vocabulaire : il reste un mot belge dans le livre : la « farde », en français c’est un ballot, en belge c’est un dossier.

C’est ensuite Colette qui prend la parole pour faire l’éloge du livre et qui lit un passage du chapitre sur Yannick Haenel, Myriam Watthee-Delmotte remercie et tout le monde se précipite dans la librairie du musée pour la séance de dédicaces.


 

 

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