/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_222253_1.jpg)
Le couvent, transformé en musée d’art religieux gothique de Bohême et d’Europe centrale, se trouve à 500 m au nord de notre hôtel, tout près de la Vltava.
C’est le plus vieil édifice gothique de Prague.
En 1234, le roi de la dynastie Přemyslide Venceslas I (1205-1253) fonda le couvent franciscain de l’ordre des Clarisses et désigna sa sœur Agnès de Bohême (Anežská, 1211-1282) comme abbesse. Au XVI è siècle, le couvent fut administré par les Dominicains puis laissé à l’abandon après la dissolution des monastères par Joseph II. Il a été restauré en 1980. Agnès a été béatifiée au XIX è siècle et canonisée en 1989. La légende disait que sa canonisation précéderait l’indépendance de la Tchéquie. Ce qui fut fait quelques mois plus tard (Révolution de velours) !!!
L’abbesse Agnès (1211-1282) a voulu faire ici le lieu des sépultures des membres de sa famille. Son frère Venceslas I est enterré dans la chapelle Saint-François ainsi que son épouse Cunégonde. Les filles et épouses des rois de Bohême sont également enterrées dans ce couvent.
Il ne faut pas confondre ce Venceslas I dit Le Borgne, roi de Bohême (fils d'Ottokar I de Bohême et de Constance de Hongrie) avec Venceslas I, duc de Bohême (X è siècle) , plus connu sous le nom de Saint Venceslas dont la statue se trouve au bout de la place éponyme (voir la promenade dans le quartier Nové Mesto)
Le couvent abritait les Clarisses (chapelle Saint-Sauveur) et aussi les frères Franciscains (chapelle Saint-François)
Une légende raconte que les Clarisses confectionnaient un élixir appelé « eau d’hirondelle », selon une recette polonaise. Les religieuses vendaient cet élixir à bas prix ou l’offraient gratuitement. Après la fermeture du couvent, une seule religieuse connaissait encore la recette puis le secret disparut.
Les statues et peintures de ce musée sont très intéressantes, expressives, ravissantes, parfois violentes. Ces œuvres ont été inspirées par les artistes flamands, byzantins, italiens… Parfois, les proportions ne sont pas respectées, les personnages les plus importants sont représentés plus grands que les autres ;l’enfant Jésus a, comme c’est souvent l’habitude, l’aspect d’un enfant (préfiguration de la Passion)
Au premier étage, on trouve l’art médiéval et début Renaissance, avec au début des statues en bois dont le visage est assez frustre.
Vierge de Rouchovany (ca 1316, anonyme). Elle porte un anneau au doigt de la main gauche, symbole de l’église chrétienne, signifiant qu’elle est l’épouse du Christ.
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_952cd9_4-madone-de-rouchovany.jpeg)
Vierges trônant XIII è
Vierge de Vyšehrad allaitante. Milieu du XIV è, dans l’atelier de Vyšší Brod. Le visage est plus doux. Ce n’est plus une Madone trônant mais une madone d’humilité, assise par terre, plus proche des fidèles. La peinture est dorée à la feuille d’or et a tempera (liant à l’œuf)
Sainte Bénigne était une des onze (une autre légende dit 11000 vierges) dames de compagnie de la princesse anglaise Ursula. Au retour d’un voyage à Rome, elles furent toutes assassinées par les Huns qui assiégeaient Cologne. En 1320, le légendaire fondateur du monastère de l’Annonciation, Oldrïch Zajic de Valdek, apporta les restes de la sainte martyre avec lui jusqu’en Bohême. Dans son testament, il ordonna que le corps soit adoré dans la petite chapelle, ce qui fut fait le 22 mai 1327. Sa tombe devint lieu de pèlerinage.
Madone de Zinkovy
Vierge à l’enfant tenant la pomme. Monastère franciscain de Plzen. Fin XIV è. La Vierge n’est pas couronnée et tient une pomme, symbole du péché original tandis que l’enfant tient une sphère, symbole de son règne céleste.
Madone de Strakonice, début XIV è, anonyme. Cette statue en bois de sapin mesure 184 cm. Elle ressemble aux statues de la cathédrale de Reims ou de Strasbourg. À l’origine, elle était polychrome. Les visages sont charmants, on dirait qu’ils jouent à « je te tiens, tu me tiens par la barbichette » !
madone de Zbraslav. Milieu XIV è. Le tableau est peint à la tempera sur bois de tilleul. Comme vu précédemment, la Vierge porte une bague. Elle est deux fois couronnée L’enfant porte un jaseur (boréal semble-t-il). Ce motif de l’enfant était souvent représenté en Italie mais avec un chardonneret.
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_34cd5f_12-madone-de-zbraslav-3.jpg)
Madone de Prostejov (maître de la Madone de Michle), milieu XIV è
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_b0b7c6_19-madone-de-prostejov.jpeg)
une autre madone :
Retable de Vyšší Brod. Le retable était composé de 9 panneaux en érable et réalisés dans l’atelier du Maître de Vyšší Brod pour le monastère cistercien de Vyšší Brod.
Ici, la Nativité : en bas à droite Pierre I de Rosenberg, donateur. Joseph participe à la toilette de Jésus avec la sage-femme. En haut à droite, l’ange annonce la nouvelle aux bergers.
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_192efe_20-retable-nativite.jpg)
toujours sur le même retable :
Le Christ au mont des oliviers. Dans l’arbre, on voit trois oiseaux : le chardonneret souvent associé au Christ, le bouvreuil associé à la crucifixion et la huppe.
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_c48184_20-retable-mont-des-oliviers.jpg)
La Résurrection montre le Christ sur le sarcophage (avant on ne le représentait pas ainsi)
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_665fff_20-retable-resurrection.jpg)
l’Ascension. Sous les pieds du Christ, on voit, sur la prairie, les empreintes de pieds.
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_86bcea_20-retable-l-ascension.jpg)
La Crucifixion. Le voile de Marie est éclaboussé de sang, le centurion Longin est guéri de sa cécité par le sang du Christ (une robe éclaboussée et la pointe de lance étaient conservées comme reliques au château de Prague). À droite, un centurion porte un bouclier avec un visage humain (le gorgoneion)
La déploration.
La Pentecôte. Habituellement, ce sont Pierre et Paul qui sont à la place de la Vierge. Un apôtre met le doigt à la bouche pour imposer le silence. Ce motif est emprunté à l’art italien pour signifier l’obéissance et la patience.
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_0a9364_20-retable-pentecote.jpg)
Pour voir les autres panneaux : CLIC
crucifixion du monastère Emmaus (1365) :
madone sur le lion de Klosterneuburg
série de tableaux de Théodoric de Prague, en collaboration avec trois ou quatre autres sculpteurs et leurs ateliers. Milieu XIV è. Théodoric était peintre à la cour de Charles IV.
Charlemagne, St Matthieu (un ange lui murmure à l’oreille), Ste Catherine (avec sa roue)…
Charlemagne :
Saint Ambroise. Le peintre prolonge le motif sur le cadre.
Madone de Havraň . XIV è. Bohême du nord. Par le maître de la Madone de Bečov ?. Elle a été achetée par le musée en 2022. Au pied de la vierge, trois anges musiciens. Il est possible qu’à l’origine cette statue ait appartenant à des Allemands des Sudètes expulsés et expropriés en vertu des décrets Beneš.
madone de Becov
Madone de Kralicky. 1370 (Silésie)
d'autres madones (dont celle de Zebrak ?)
madone de Zahrazany. 1370.
panneau votif de l’archevêque Jan Ocko de Vlasium. Ce panneau qui était dans la chapelle du château de l’archevêque de Prague montre l’union entre le pouvoir temporel et le pouvoir religieux. En haut, à gauche, l’empereur Charles IV, présenté par St Sigismond, prie la Vierge. À droite, son fils, le jeune Venceslas deviendra Venceslas IV, dit l’Ivrogne, roi après son père. Derrière Venceslas, saint Venceslas (Venceslas I dont la statue équestre se trouve sur la place éponyme). En bas, le donateur, l’archevêque de Prague Jan Ocko de Vlasium, est agenouillé. Devant lui, saint Adalbert, patron de l’évêché de Prague. Derrière lui, Saint Guy, patron de l’église métropolitaine. De part et d’autre, Ludmila (grand-mère de Venceslas I) et Procope, patrons de Bohême :
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_584a3d_72-panneau-votif-jan-ocko-de-vlasim-2.jpg)
Charles IV :
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_5f70f7_72-panneau-votif-jan-ocko-de-vlasim-1.jpg)
Le retable de Trebon est composé de trois panneaux (mont des oliviers, mise au tombeau et résurrection) avec au dos de chacun les portraits de trois saints. Il a été fait par le Maître de Trebon dont le style ressemble à celui de Théodoric de Prague. Ce panneau représente le Christ au mont des Oliviers. Sur la face arrière, il y a les portraits de trois saintes : Catherine, Marie Magdeleine et Marguerite. La composition est en diagonale : soldats, christ et apôtres. Le visage et la main du Christ sont couverts de gouttes de sans, ce qui préfigure la Passion, comme les pieds nus. Dans l’herbe, on voit des petits oiseaux.
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_b0eed3_75-retable-de-trebon.jpg)
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_77a84d_75-retable-de-trebon-copie-2.jpg)
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_297902_75-retable-de-trebon-copie.jpg)
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_37ba6a_75-retable-de-trebon-copie.jpg)
Saint Jean l’évangéliste (par le maître de la Madone de Zebrak, fin XIV è). Cette statue faisait partie d’un calvaire, probablement sur l’arc triomphal de l’église du monastère de Trebon.
Madone de Roudnice (par le maître du retable de Trebon). 1385. Peint à la tempera sur bois de tilleul. Ce type d’image de Vierge couronnée était très populaire et a été copié. L’agrafe ronde sur le manteau a été creusée pour contenir une relique, sans doute un fragment du manteau de la Vierge éclaboussé par le sang du Christ.
Madone de Breznice. Commandée en 1396 par le roi Venceslas IV (la date est inscrite au dos du tableau). Tempera et or sur parchemin et lin. Cette Vierge noire s’inspire des icônes byzantines du type Hodegetria. Sur l’auréole, une inscription tirée du Cantique des Cantiques indique « Femmes de Jérusalem, je suis brune, mais belle ».
Madone du Couvent des Minorites à Cesky Krumlov. Ca 1410
Madone de Svojsin (1410). Elle ressemble à la Madone de la cathédrale saint Guy mais elle porte ici une couronne. Sur le cadre se trouvent des portraits de saints portant des phylactères.
une autre madone :
Madone franciscaine (1430) ; monastère de Plzen. Au début du XV è siècle, d’autres centres artistiques émergent, notamment à Cesky Krumlon ou à Plzen où des artistes se réfugient pour fuir les guerres hussites.
Crucifixion de Nové Sady, appelée aussi la crucifixion Rajhrad (peinte par le maître du retable de Rajhrad). Tempera sur bois couvert de lin. À la droite du Christ sont les Bons (ses proches, le centurion Longin et le Bon Larron (un ange vient chercher son âme) ; à gauche sont les Mauvais (les gardes et le mauvais larron : un diable emporte son âme). Le centurion Longin perce le flanc du Christ. La légende dorée de Voragine raconte qu’il aurait été guéri de sa cécité par une goutte de sang (ici il se touche l’œil) et se serait converti. Comme sur une crucifixion vue précédemment et sur la suivante, un centurion porte le bouclier à visage humain.
le bon larron :
le mauvais larron :
Crucifixion de Reininghaus (1430) ). Marie Madeleine recueille le sang dans ses mains. On a les mêmes éléments que dans la crucifixion précédente : le centurion Longion se touche l’oeil, le bouclier à visage humain, les âmes des larrons emportées par un ange et un diable. Le visage du bon larron semble plus serein que celui du mauvais.
une Piéta :
Nativité de Doudleby
Madone de Doudleby, de type byzantin (Hodegetria). Pour rappel, la madone Hodegetria (Vierge directrice), tient l’enfant généralement sur son bras gauche en le présentant de la main droite. L’enfant tient un rouleau ou un livre.
Assomption de Destna (1450). La Vierge est couronnée par les anges qui tiennent des phylactères sur lesquels sont écrits des prières. Elle se tient sur un croissant de lune qui représente l’Église terrassant le paganisme. Les donateurs sont agenouillés en bas du tableaux. On dirait que la Vierge, l’enfant et les anges sont atteints de goîtres. Y aurait-il carence d’iode dans la région ? CLIC
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_8060f4_120-madone-de-destna-3.jpg)
Décapitation de Sainte Barbe (Hans Pleydenwurff, 1470). Le peintre, originaire de Nuremberg, a été influencé par les maîtres flamands. La peinture se présente comme une bande dessinée, racontant des épisodes successifs de la vie de Ste Barbe qui se lisent de haut en bas. On voit les éléments de la vie de Ste Barbe : la tour, le rocher qui s’ouvre et Barbe qui se sauve, le père qui parle au berger traître et les moutons métamorphosés, le père qui la traîne par les cheveux et la décapitation, la couronne de Barbe est sur le sol .
Sous le règne de Maximien (I siècle), Dioscore, un riche païen d’Asie mineure, fit construire une tour pour y confiner sa fille à l’abri des regards. Lorsqu’elle lui dit qu’elle était chrétienne, il voulut la décapiter mais le rocher s’ouvrit et elle s’échappa. Mais un berger indiqua au père la cachette (le berger fut changé en rocher et ses moutons en scarabées). Dioscore retrouva sa fille, la traîna par les cheveux et la livra au gouverneur Marcien qui la fit torturer. Et finalement, son père la décapita.
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_1f837b_125-decapitation-de-ste-barbe.jpg)
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_645bb2_125-decapitation-de-ste-barbe-copie.jpg)
Venceslas I, roi de Bohême, connu sous le nom de Saint Venceslas, avait pour coutume de visiter les prisons et de racheter les prisonniers.
Retable de Dubany (1470). Au centre du triptyque, se trouve une représentation, assez rare, de la Vierge enceinte. On rencontre surtout ces Vierges enceintes (objets de pèlerinage pour les femmes qui espéraient enfanter) entre le XII è et le XIVè. En 1563, le Concile de Trente a décidé d’éviter « toute impureté » et de ne pas donner « aux images des attraits provocants ».
Je crois qu’une autre statue de Vierge enceinte se trouve dans le musée mais nous ne l’avons pas vue.
L’Arche de Puchner a été commandé en 1482 par Nikolaus Puchner, grand maître des Chevaliers de la Croix avec l’étoile rouge. L’auteur anonyme du retable est appelé le maître de l’autel de Puchner. Une partie est exposée ici : Ste Edwige (ou Ste Agnès?), Ste Ludmila et Ste Ursula. À l’origine, les Chevaliers de la Croix étaient une fraternité d’hôpital laïc fondée en 1233 par Agnès de Bohême. La scène représente vraisemblablement Edwige de Silésie (1174-1243), parfois on dit Agnès de Bohême dite Ste Agnès, mais la dame porte ici la couronne ducale.
Lucas Cranach l’ancien : Christ enfant bénissant
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_925f89_132-lucas-cranach-christ-enfant-beni.jpg)
Retable de Steti. 1530. Le triptyque montre à gauche la création du monde, scène assez rare sur un triptyque (Éve sort de la côte d’Adam), la crucifixion, le baptême et la Cène.
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_0012ef_133-retable-de-steti.jpg)
/image%2F0651057%2F20251114%2Fob_2330ef_133-retable-de-steti-creation.jpg)
Vierge reine des Cieux. Panneau central du retable d’Osek. 1520. Attribué à Gandolf Herlinger pour Vladislas II, roi de Bohême et de Hongrie. En haut, Dieu le Père et en dessous le saint-esprit. À droite, les laïcs et l’Empereur ; à gauche le Pape et les dignitaires de l’Église
Dieu le Père
Christ songeur, avec de vrais cheveux. Bizarre.
Nous terminons la visite par les salles où sont enterrés les rois de bohème et leur famille.
dans le jardin, du raisin d'Amérique et des coings