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Le quartier Josefov se trouve au nord de la Vieille Ville, entre la Vltava et la rue Pařížská . Nous commençons la visite à partir de la place Franz Kafka en empruntant la rue Maiselova. C'était, jusqu'au XIX è siècle, le ghetto juif.

Le ghetto a existé jusqu’à la deuxième moitié du XVIII è. Il a été détruit pour des raisons d’hygiène, même les monuments historiques. Seuls, le cimetière et les synagogues ont été conservés. Les synagogues ont été transformées en musée, seule la synagogue Vieille-nouvelle est encore ouverte au culte.

Les bâtiments que nous voyons dans la rue Maiselova ont été construits après.

La vie des Juifs à Prague a suivi les caprices des dirigeants, entre périodes prospères et pogroms.

Au XIII è siècle, une ville juive se forme peu à peu à l’intérieur de la Vieille Ville. Les activités des habitants sont réglementées par toutes sortes d’interdictions. De nombreux métiers leur sont interdits, sauf celui de prêteur, interdit aux chrétiens jusqu’au XIII è siècle. Le plus grand pogrom a eu lieu en 1389 quand la Pâque juive et la Pâques chrétienne sont tombées le même jour : 3000 Juifs furent massacrés.

Parlons maintenant de la couleur jaune tout d’abord bénéfique chez les Grecs et chez les Romains. Au Moyen âge, le jaune safran devient la couleur du mensonge, de l’avarice, de la trahison et donc aussi celle de Judas et des Juifs. Cependant, le jaune d’or reste la couleur du miel, de l’or, des blés.

le bonnet jaune (synagogue Maisel)

 

Sous le règne des Almohades, les chrétiens devaient porter un insigne bleu (en forme de porc) et les juifs un insigne jaune en forme de singe ou d’âne. Au Concile de Latran (1215), le pape Innocent III imposa aux Juifs de porter la rouelle et Louis IX fit de même en 1269. La couleur de la rouelle n’était pas toujours définie, elle pouvait être jaune, rouge ou blanche.

En 1551, l’empereur du Saint-Empire Ferdinand Ier ordonna aux hommes, femmes et enfants de porter une rouelle jaune comme marque distinctive sur leurs vêtements.

Les Juifs avaient interdiction de travailler les métaux précieux mais Ferdinand I de Habsbourg avait besoin d’argent pour payer les alchimistes et les artistes dont il aimait s’entourer, par exemple Arcimboldo et il a donné aux juifs le droit de travailler l’argent (mais pas l’or). À propos d’Arcimboldo, cet artiste est né la même année que Maximilien, fils de Ferdinand. Il sera portraitiste à la cour de trois empereurs : Ferdinand Ier jusqu’en 1564, puis Maximilien II jusqu’en 1576, et enfin Rodolphe II, de 1576 à 1587, demeurant ainsi vingt-six ans de sa vie auprès d’une cour étrangère. Il a peint des portraits moins conventionnels à base de fleurs, fruits, légumes, notamment le portrait de Rodolphe II en Vertumne.

Ferdinand I était fils de Philippe le Beau de Habsbourg et de Jeanne I de Castille dite la Folle et fils de Charles Quint.

La vie des Juifs était très réglementée, ils n’avaient pas le droit de sortir jusqu’au règne de Joseph II qui accorda davantage de libertés (édit de tolérance de 1781) : droit de sortir et d’étudier (sauf la théologie). Certains Juifs sont devenus médecins, industriels. C’est ce Joseph II qui a donné son nom au quartier juif de Prague. À partir de la Révolution de 1848, les juifs pouvaient quitter le ghetto.

Cependant, ils étaient toujours accusés en cas de problèmes (en réalité, les Juifs étaient moins malades en cas d’épidémie de peste car leur système hygiénique était meilleur ; de même les artisans qui travaillaient le cuir étaient moins atteints car moins concernés par les piqûres de puces).

Les populations juives d’Europe centrale sont appelées ashkénazes, celles habitant en Espagne sont séfarades et les Mizrahim habitent au Moyen-Orient. Les traditions sont différentes. Les Ashkénazes lisent les rouleaux sacrés de droite à gauche.

La déportation des Juifs de Prague a commencé en 1941 vers la forteresse de Terezin, construite sous Joseph II et qui porte le nom de sa mère Marie-Thérèse. La forteresse était partagée en deux : petite forteresse-prison et grande forteresse. C’est dans la petite forteresse que fut emprisonné Gavrilo Princip, auteur de l’attentat à Sarajevo en juin 1914 contre l’archiduc François-Ferdinand.

Pendant l’occupation nazie, les habitants de Theresienstadt sont expulsés et la grande forteresse est transformée en grand ghetto. Toute la ville devient une immense prison pour les Juifs de Prague, d’Autriche et d’Allemagne mais aussi pour les opposants au régime nazi. Robert Desnos y meurt du typhus le 8 juin 1945. Le camp était prévu pour 7000 personnes et il y en eut dix fois plus. De nombreux déportés sont morts à Terezin et d’autres ont été envoyés à Auschwitz. En 1944, la Croix-Rouge visita le camp et fut trompée car les nazis avaient créé des jardins, un stade de foot…

Jusqu’en 1989, la fin de la guerre a été fêtée le 9 mai.

Après la guerre, Terezin est devenue une ville de garnison jusqu’à la fin du XX è siècle, date de l’accession à l’OTAN et à l’abolition du service militaire obligatoire. La ville de Terezin est maintenant désertée, surtout depuis les inondations de 2002.

 

Pour entrer dans les synagogues, les hommes doivent se couvrir la tête, soit d’une kippa en papier donnée à l’entrée, soit de sa propre casquette.

 

La synagogue Maisel :

Cette synagogue de style Renaissance a été édifiée à l’emplacement d’une synagogue qui a brûlé. C’est une synagogue familiale construite à la fin du XVI è siècle par Mordecai Maisel, dirigeant de la communauté juive de Prague sous Rodolphe II à qui il prêtait de l’argent.

Fin XVII è le bâtiment a été endommagé par un incendie ; il a été rénové en style baroque puis à la fin du XIX è en style néo-gothique.

portraits de Leah et Israel Simon Frankel (1711-1791). Israel Simon Frankel était chef de la communauté juive ; il a succédé à Simon Wolf Frankel, également chef de la communauté juive.

Simon Wolfgang a organisé le 24 avril 1741 une procession fastueuse pour célébrer la naissance du fils de l’impératrice Marie-Thérèse le 13 mars 1741, le futur Joseph II dont j’ai déjà parlé. Il semble que le faste de cette procession aurait irrité les Pragois qui ont pillé et assassiné les communautés juives. Fin 1744, Marie-Thérèse fit expulser les Juifs de Prague.

description de cette procession : CLIC

chapeau juif, réplique moderne de celui porté au XIII è siècle comme insigne de honte. Par la suite, il est devenu comme un moyen d’auto-identification et a été incorporé à l’emblème du quartier juif au centre de l’étoile de David, comme on le voit ici sur la grille (étoile et chapeau)

 

le Golem. Ici, figure du XXI è siècle. (légende du Golem en fin d’article)

 

la synagogue Pinkas

Elle a été construite en 1535 par Aaron Meshullam Horowitz, entre sa maison et l’ancien cimetière juif. 3 rue Siroka.

La visite de cette synagogue est très émouvante. Sur les murs sont inscrits 80 000 noms de Juifs tchèques victimes des nazis.

 

Grille de la chaire avec blason juif (étoile et chapeau)

galerie des femmes

dessins des enfants du camp de concentration de Terezin.

 

l’ancien cimetière juif

La première fois que j’ai vu ce cimetière, en 1967,  j’ai été très impressionnée par ce parc hérissé de stèles toutes de guingois ; peut-être moins cette fois-ci car il pleuvait (je pensais à me protéger) et il y avait beaucoup de monde.

Le cimetière a été fondé au XV è siècle et a fonctionné jusqu’au XVIII è siècle. La tombe la plus ancienne date de 1439 (le défunt avait survécu au pogrom de 1389) et la plus récente de 1787. L’empereur Joseph II interdit à cette époque les inhumations à l’intérieur des murs de la ville pour des raisons sanitaires. On pense que le cimetière a connu trois siècles d’inhumation. Comme on manquait de place, on recouvrait les tombes d’une couche de terre pour en mettre d’autres au-dessus (on pense qu’il y a une douzaine de couches). On pense que 77297 personnes sont enterrées ici. On recouvrait les stèles ou on les relevait, ce qui explique l’accumulation des stèles et les différences de niveau. Les noms inscrits sur les stèles ne correspondent pas forcément aux ossements qui se trouvent dessous. On estime le nombre de pierres tombales à 12000. Les stèles s'enfoncent peu à peu.

Des personnalités importantes de la communauté juive y sont enterrées, par exemple le rabbin Juda Lœw (l’auteur du Golem, voir plus haut),

Mordechai Maisel. (son monument n’est peut-être qu’un cénotaphe)..

 

Les plus anciennes stèles, en grès, sont très simplement gravées mais par la suite, à la Renaissance et à l’époque baroque, on y ajoutera des ornements divers (pilastres, colonnes du temple de Salomon, grenades, pommes de pin (symboles de vie) mains levées bénissant…).

Elles comportent des caractères hébraïques (nom, date de mort du défunt et parfois un éloge).

L’étoile de David signifiait que le défunt avait une bonne réputation ; les grappes de raisin qu’il avait eu une vie prospère. Les Cohen (descendant des prêtres du Temple) étaient représentés par des mains levées. Les stèles doubles représentent les tables de la loi.

 

Tombeau de Hendl Bassevi, seconde épouse de Jacob Bassevi, elle mourut durant l'été 1628. Le tombeau est orné de deux lions à double queue soutenant les armoiries de Bassevi : un lion d'azur à huit étoiles rouges sur fond noir, octroyées en 1622 à Bassevi en remerciement des services rendus à l'empereur Ferdinand.

CLIC

Les arbres du cimetière ont été plantés après. La synagogue Klausen se trouve en bordure du cimetière (elle était fermée pour travaux).

À la sortie du cimetière, il y a une fontaine pour se laver les mains (par mesure d’hygiène)

la synagogue espagnole a été construite en 1868, à l’époque de l’émancipation juive, dans le style néo-mauresque, à l’emplacement d’une synagogue construite au XII è siècle. Au carrefour des rues Dusni et Siroka.

 

Autrefois, la liturgie était en hébreu puis en yiddish. Au XIX è, dans cette synagogue, on pratiquait l’office réformé (égalité des hommes et des femmes pendant les offices, femmes pouvant être rabbin…)

Une exposition de documents est visible au rez-de-chaussée et aussi à l’étage où je ne suis pas montée.

Des photos représentent la famille Čapek : le peintre Josef Čapek a été assassiné à Terezin. Son frère, l’écrivain Karel Čapek, est mort avant la parution de son roman R.U.R.C’est dans ce roman qu’est apparu le mot ROBOT. Ce mot provient du mot robota qui veut dire esclave, travail, corvée.

je ne sais pas à qui correspondent ces photos. peut-être les frères Capek, et des tableaux de George Kars ?

 

Devant la synagogue, se trouve une statue un peu surréaliste de Jaroslav Rona rendant hommage à Franz Kafka qui a habité la rue Dušní.

L'Hôtel de Ville juif a été construit à côté de la synagogue Vieille-Nouvelle en 1586, en style Renaissance (façde rococo du XVIII è )par le chef de la communauté juive Mordechai Maisel dont j’ai déjà parlé plus haut. Cet hôtel de ville a deux horloges, un classique en chiffres romains et l’autre placée plus bas en chiffres hébraïques (les aiguilles tournent dans le sens inverse car on lit de droite à gauche). Apollinaire est venu à Prague en 1902 et il parla de cette horloge dans Le Juif errant et le poème Zone.

 

la synagogue vieille nouvelle

à droite, l'hôtel de ville :

 

Construite vers 1270, la synagogue Vieille-Nouvelle est le plus ancien bâtiment du quartier juif et l’une des plus anciennes synagogues d’Europe (la plus ancienne d’Europe centrale) encore en activité. La légende raconte que le Golem, cet être artificiel créé par le rabbin Lœw (1512-1609) au 16ème siècle, est caché dans le grenier… Lœw était rabbin sous le règne de Rodolphe II, mécène épris d’alchimie.

Des légendes tentent d’expliquer le nom. On pense plutôt qu’elle a été appelée « Nouvelle » car construite à la place d’une synagogue détruite. On a ajouté plus tard « Vieille » car une synagogue plus récente a été construite à côté.

On descend quelques marches car le terrain d’origine était plus bas, à cause des inondations on a élevé le niveau de la rue Pařížská de deux mètres.

Sur le tympan sont représentés 4 ceps qui symbolisent les fleuves sacrés : l’Euphrate, le Tigre, le Jourdain et le Nil. Les 12 pommes de pin (ou grappes de raisin, ou grenades) représentent les 12 tribus d’Israël. On retrouve le nombre 12 dans les 12 racines de l’arbre du tympan et dans les 12 fenêtres.

5 nervures au lieu de 4, toute est supportée entre les deux piliers octogonaux

le tabernacle est normalement couvert par le rideau

Les trous dans les murs sont destinées aux femmes qui n’avaient pas le droit de participer aux offices.

la synagogue a fonctionné pendant le régime communiste

au centre, la bimah (estrade utilisée pour lire la Torah)

Sur le mur est se trouve une arche contenant la Torah

Une bannière a été offerte par l’empereur Ferdinand en remerciement du courage dont fit preuve la communauté juive pour défendre le pont Charles contre les Suédois en 1648.

 

le Golem

Ce nom vient de l’hébreu « inachevé ».

Le grand Rabbin Lœw (1512-1606), surnommé le Maharal de Prague (acronyme qui signifie « Notre enseignant le rabbin Lœw ») enseignait le Talmud à la synagogue Klaus. La légende raconte qu’il créa un Golem, être artificiel humanoïde fait à partir des boues de la Vltava et animé avec une formule secrète. Dans la mythologie tchèque, les Golems existaient depuis longtemps mais le Golem de Prague, celui du rabbin Lœw, est le plus célèbre.

Pour rendre le Golem vivant, le rabbin avait placé un parchemin avec une formule secrète sous la langue du Golem. C’était le mot emeth (Dieu) qui était écrit. Le Golem avait été créé pour protéger la communauté juive et pour travailler chez le rabbin et à la synagogue. Pour l’endormir le jour de Shabbat, le rabbin enlevait le parchemin de la bouche et effaçait la première lettre du mot, ce qui donnait meth, c’est-à-dire mort. Mais un jour, troublé par la maladie de sa fille, le rabbin oublia de désactiver le Golem. Et celui-ci commença à attaquer les gens et détruire les maisons du ghetto. Le Golem tait devenu si grand que le rabbin ne pouvait atteindre la bouche, il lui demanda donc de lacer ses chaussures et le rabbin enleva le parchemin. Comme c’était jour de Shabbat, le Golem s’endormit définitivement. Lœw cacha le tas d’argile dans le grenier de la synagogue Vieille-Nouvelle, où, dit-on, il se trouve toujours.

Il y aurait une borne qui représente le Golem au coin des rues Zlata et Lilova mais je ne l’ai pas vue.

Statuette du Golem (XXI è, synagogue Maisel)

la statue du rabbin Lœw se trouve à droite de la façade du nouvel hôtel de ville, place Mariánské (statue de Ladislas Saloun qui a fait également le monument Jan Hus sur la place de la Vieille-Ville). . Sa mort a été également source de plusieurs légendes. L’une d’elles raconte que la Mort avait peur de lui et le fuyait. Mais un jour, elle réussit à se cacher dans une rose qui fut tendue au rabbin par une jeune fille. Quand celui-ci s’approcha, la Mort lui sauta au nez et l’emporta. Il avait 97 ans.Le rabbin est vaincu par la Mort, sous forme d’une petite fille qui tend une rose au rabbin. On dit aussi que les Juifs, avant le départ pour les camps d’extermination, jetait leurs bijoux dans la tombe. Il paraît aussi que les gens mettent des petits papiers avec leurs vœux sur la tombe du rabbin, espérant être exaucés.

 

 

s.

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