Visite effectuée sous la conduite de Paul Lamour et retenue auprès de l’Office de tourisme. Jeudi 18 novembre 2025.
Le rendez-vous est à l’Office de tourisme, rue Hetzel.
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Nous traversons la place du général-Leclerc pour atteindre l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, tout d’abord par la façade nord. C’est la seule partie qui subsiste en roman primitif.
le chevet ;
la façade nord :
Architecture en arêtes de poisson.
Au bas du mur nord, une toute petite porte est appelée porte des morts car c’est par là qu’on entrait les cercueils. (on ne la voit pas sur la photo).
des modillons ;
Façade ouest :
Le clocher, haut de 57 mètres, se voyait de loin, ce qui était pratique car Château-Landon était un lieu de pèlerinage (Saint Séverin et saint Thugal) et de foires. Les pèlerins allant à Saint-Jacques-de-Compostelle, passaient aussi par Château-Landon. La base du clocher et le premier étage datent de la fin du XI è siècle et les étages supérieurs du XIII è.
Nous entrons dans l’église par la porte ouest (fin XI è) surmontée d’une fenêtre. Les colonnes de la porte ouest sont ornées de têtes.
côté gauche du portail ouest :
côté droit du portail ouest :
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À l’intérieur, à gauche, le bas-côté nord est de style roman, à deux étages.
Le transept et le chœur sont du début XII è.
Je ne sais pas ce que signifie cette inscription, je crois lire "natif de cette paroisse", "clocher" et "trans(ept)",
À droite, le côté sud a été modifié au XIV è siècle et comporte cinq baies.
Dans le déambulatoire sud, on voit les vestiges de fenêtres du XI è. Les chapiteaux du côté sud sont ornés de feuilles.
Le sol est en calcaire de Château-Landon. Le banc de pierre, qui se termine à Dordives, a un million et demi d’années. La Loire passait tout près d’ici. Suite à un tremblement de terre, son cours a dévié vers le sud et le Loing a pris la place (il avait 600 m de largeur). C’est avec cette pierre que furent construits de nombreux monuments, Sacré-Cœur, Arc-de-Triomphe, Panthéon… C’est une pierre très dure, non gélive.
Nous faisons le tour en commençant par le mur nord, le plus ancien.
Tapisserie réalisée par Marysel. À sa mort, ses neveux ont donné des tapisseries à la ville.
Statue de Saint Séverin.
Séverin était un moine du Valais suisse, né vers 450 et mort en 507. En 507 (environ), il quitta son monastère d’Agaune-en-Valais pour se rendre à Paris afin de soigner Clovis, atteint d’une fièvre rebelle. En route, à Nevers, il guérit l’évêque Eulalius puis guérit un lépreux aux portes de Paris. Arrivé au chevet de Clovis, Séverin étendit son manteau sur Clovis qui fut guéri. Séverin ne voulut pas être payé, demanda simplement au roi de penser aux pauvres.
Séverin voulut retourner dans son monastère suisse mais il mourut en route, à Château-Landon. À sa mort, en 511, Clovis fit promettre à son fils Childebert de construire une chapelle sur les lieux. Cela fut fait en 545. À cette église, fut associée une abbaye dont nous visiterons les vestiges à la fin de la visite.
Une fresque, ou peinture murale, je ne sais pas (3,50 m de hauteur) représente cet épisode : on y voit Clovis alité. Son médecin Tranquillis est à la tête du lit et tient un mortier. Séverin tient une crosse abbatiale et est suivi d’un disciple.
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Une autre fresque montre Séverin disant la messe. A droite, on voit (mais on distingue mal) le roi et Clotilde.
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Ces fresques se trouvaient dans la crypte de l’église abbatiale, elles ont été découvertes en 1927 et déposées pour une meilleure conservation.
Il y avait, semble-t-il, des panneaux de bois qui racontent la guérison du lépreux, la guérison de l’évêque, la guérison de Clovis. Nous ne les avons pas vus. CLIC
Il ne faut pas confondre ce Saint Séverin d’Agaune avec Saint Séverin de Paris, un ermite, qui vivait également au VI è siècle et qui fut enterré sur son lieu d'ermitage, devenu l'actuelle église Saint-Séverin dans le 5e arrondissement de Paris.
Les abbés commandèrent à Saint Eloi, orfèvre et trésorier de Clotaire II puis de Dagobert, une châsse en argent massif. Les reliques de Séverin y furent déposées solennellement en 636.
En 773, Charlemagne intervint en Italie pour aider le pape contre Didier, roi des Lombards. Pendant ce temps, les Saxons attaquèrent le Gâtinais. Les moines avaient eu le temps de cacher la châsse en argent. En 774, Charlemagne libéra Château-Landon et fit construire l’église Saint-Étienne (située un peu plus loin dans la Ville forte).
Photo prise depuis le promontoire de la place du Larry.
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Au IX è siècle, ce sont les Vikings qui envahissent la France. Les moines bretons de Tréguier fuient avec leurs reliques, celles de Saint Thugal (Tugdual), évêque du VI è siècle.. Sur la route, ils s’arrêtent de monastère en monastère et laissent en échange un morceau de relique. Une partie du corps serait à Laval, la tête à Chartres. Arrivés à Château-Landon, il leur restait une omoplate. L’église Saint-Étienne prit alors le nom de Saint-Thugal. (basilique?). De cet édifice, il reste le clocher. Photo prise depuis le promontoire de la place du Larry.
Saint Thugal est représenté sur un vitrail (à droite, avec Saint Piat à gauche) dans la chapelle Saint-Piat (5 è lancette) de la cathédrale de Chartres.
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L’avant-dernier curé de l’église Saint-Thugal fut, en 1781, Jean-Claude Le Blanc De Beaulieu, oncle de George Sand (fils de Dupin de Francueil, le grand-père de George Sand)
une statuette de pèlerin (photo internet, je ne l'ai pas vue)
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En 1043, Foulques IV le Rechin (1043-1109), petit-fils de Foulques III Nerra, comte d’Anjou, naquit à Château-Landon. Son grand-père était Foulques III, appelé Nerra en raison de son teint sombre et était connu pour son caractère violent (il tua son beau-frère, incendia Angers, fit brûler son épouse adultère). Pour faire pardonner ses péchés, il faisait construire des abbayes et participa à quatre croisades ! Ermengarde, fille de Foulques Nerra et mariée à Geoffroy II Ferreol, eut une fille et deux fils : Geoffroy III le Barbu et Foulques IV le Rechin, c’est-à-dire « le querelleur ».
En 1060, Geoffroy II Martel, fils de Foulques Nerra, meurt sans enfants et son héritage revient aux enfants de sa sœur Ermengarde. Geoffroy III le Barbu reçoit l’Anjou, le Maine et la Touraine. Foulques le Rechin reçoit le reste, un château dans les Mauges, la Saintonge et le Gâtinais qu’il tient de son père. Mécontent du partage, en 1068, Foulques le Réchin cède le Gâtinais, et donc Château-Landon, au roi Philippe I pour s’assurer de son soutien contre son frère Geoffroy le Barbu. Foulques Il emprisonne son frère et prend ses terres.
Foulques le Rechin épousa Bertrade de Monfort dont il eut un fils, Foulques V, couronné roi de Jérusalem en 1131 (on est maintenant sous le règne de Louis VI le Gros). Par la suite, Bertrade quitta son époux pour épouser le roi Philippe I et devenir reine de 1092 à 1117. Mariage considéré comme nul par le pape,….
Continuons la descendance de Foulques IV le Rechin ;
Le fils de Foulques V, Geoffroy V le Bel, épouse Mathilde l’Emperesse, fille d’Henri I Beauclerc, roi d’Angleterre (Henri Beauclerc était fils de Guillaume le Conquérant). Elle était veuve d’Henri V (empereur du St Empire romain germanique) d'où son surnom. Geoffroy le Bel était surnommé Plantagenêt. La légende raconte qu’il portait un brin de genêt à son chapeau. C’était peut-être aussi parce qu’il aimait chasser dans les bois et les guérets couverts de genêts.
Son fils devient roi d’Angleterre sous le nom de Henri II. C’est le début de la dynastie des Plantagenêt. On rejoint là encore l’histoire de Château-Landon en ce sens que Thomas Beckett, ancien ami d’Henri II, vint à Château-Landon pour consacrer l’église abbatiale en 1167. Thomas Beckett, qui s’était opposé à son ancien ami Henri II, s’était réfugié dans l’archevêché de Sens dont dépendait l’abbaye de Château-Landon. Vous connaissez la suite : Thomas Beckett rentre en Angleterre où il sera assassiné en 1167 dans la cathédrale de Canterbury (voir la très belle pièce de théâtre d’Anouilh « Beckett ou l’honneur de Dieu », vue vers 1970, avec Daniel Ivernel).
En récapitulant, on a : Foulques IV le Rechin, Foulques V roi de Jérusalem, Geoffroy V le Bel (Plantagenêt) et Henri II Plantagenêt roi d’Angleterre.
Au Moyen âge, Château-Landon était une ville « drapante » très importante. Les moines firent construire 18 moulins le long du Fusain. On moulait, on foulait, on cardait, on broyait, on tannait, on tissait.j
La ville déclina à la fin du Moyen âge suite aux guerres et à la peste. Les Anglais brûlent la ville en 1426 et en 1437. Les Huguenots la pillent en 1567 au moment des guerres de religion.
En 1516, le concordat de Bologne, établi entre le roi François Ier et le pape Léon X, redéfinit les relations entre l'Église catholique et l'État français. Le roi obtenait le droit de nommer les évêques et les abbés, sous réserve de l'approbation papale. Cet arrangement réaffirmait l'autorité du pape tout en permettant à la monarchie française d'exercer un pouvoir important en matière ecclésiastique.
En 1567, les huguenots allemands, sous la conduite du prince de Condé, s'attaquèrent à l'abbaye Saint-Séverin pour voler la châsse. Les moines se sauvèrent avec la chasse mais un vieux prêtre Raoul (Radulph) de la Mothe, assisté du jeune diacre Henri Caillat, ne put suivre. Il fut mis à mort, empalé, près de la croix du Temple, à Mézinville. C’est ce que raconte cette plaque de marbre noir.
À la révolution, on a fabriqué de la poudre à canon, comme dans de nombreuses églises. On obtenait cette poudre en chauffant le salpêtre.
Pierre d’autel utiliser plus tard pour détourner la rivière Fusain. Les autels ont été utilisés pour construire le pont du sacrilège. L’autel exposé ici a été donné par un propriétaire dont le jardin a été privatisé par la suite.
Dans cette direction, se trouvait le quartier juif. Il était interdit aux juifs de sortir quand le Roi était présent dans la ville.
Château-Landon a subi sept sièges.
L’hôtel-Dieu, 25 rue Jean-Galland a été construit en 1178 par l’archevêque de Sens pour servir de refuge aux pauvres et aux malades et de lieu de repos pour les pèlerins qui allaient à Compostelle.
Il est actuellement transformé en salle d’exposition pour les artistes. En ce moment, se déroule l’exposition Arty’show.
Dans la rue Galland, une vieille boutique de photographe. Sur la vitrine, est peinte un poème de Gherasim Luca, poète roumain surréaliste (1913-1994). Si vous voulez lire le texte plus lisiblement de ce poème, CLIC.
Nous arrivons sur la place du Larry, plus exactement sur le promontoire qui domine de 30 m la rue du Bas-Larry, le sentier des Amoureux le long de la rivière Fusain. Au loin, le parc de la Tabarderie (nous y sommes allés il y a de nombreuses années pour la fête aux ânes) et à droite la zone humide des près Patouillat. Le nom de Tabarderie provient de l’industrie drapière de Château-Landon : la ville produisait des "tabards", gros manteaux de laine,
En 52 avant J.-C., César, venant du Sénonais, se rendait à marche forcée à Orléans pour mater une rébellion . Sur leur route, se trouvait l’oppidum de Vellaunodunum (ancien nom de Château-Landon) sur un éperon rocheux. Après trois jours de siège, César annonce le pillage si le village ne se rend pas. Les habitants acceptent et donnent 600 otages hommes et des animaux. Le chemin de César, dans la vallée, rappelle ce siège.
César raconte cet épisode dans La guerre des Gaules.
De là, nous avons une belle vue sur la tour du notaire (devant), puis l’église Saint-Étienne (évoquée plus haut) et au loin, l’abbaye Saint-Séverin. Et tout le long, les remparts de la ville forte (180 m sur 80 m).
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la tour du notaire :
l'abbaye :
Pour entrer dans la ville forte, il y avait une porte en bois, c’est par là qu’entraient les personnes riches. Le petit peuple entrait par deux poternes.
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La rue Hetzel nous conduit à la place Hirscchorn où se trouve la tour Madeleine. 9 m de haut pour un diamètre de 6,50 m avec des murs de 3 m d’épaisseur. La tour Madeleine (au nord-ouest des remparts) est l’une des 5 tours des remparts que Charles VII (ou Charles VI?) autorisa aux bourgeois de Château-Landon. Pendant la guerre de cent ans, des salles souterraines furent aménagées pour servir de refuge pour la population et de réserves de vivres.
Ancien coq de l’église Notre-Dame.
Les peintres venaient de Paris pour travailler sur le motif. Ils allaient surtout à Barbizon, Grez-sur-Loing. Dans cette dernière ville, il y avait 300 artistes, les frères Goncourt y venaient aussi ainsi que les frères Palizzi, peintres italiens, les plus connus étant Giuseppe et Filippo. Leur frère Franceso Pablo Palizzi a peint Un jour de foire à Château-Landon. La toile a été achetée par la municipalité de Château-Landon.
En 1876, Stevenson a séjourné également à Barbizon puis à Grez où il rencontra une artiste-peintre américaine, Fanny Osborne. Hélas, Fanny était mariée et les parents de Stevenson s’opposaient au mariage. Mais ils finirent quand même par se marier. Stevenson est venu à Château-Landon et il a écrit une nouvelle sur Château-Landon : La porte du sire de Malétroit.. L’histoire se passe en 1429 au moment du passage des Anglais.La nouvelle fut adaptée au cinéma dans les années 50 : The strange door avec Boris Karloff et Charles Laughton.
La tourelle Quincampe se trouve entre deux tours plus importantes : la tour Madeleine et une autre intégrée maintenant à l’habitat, à proximité de la poterne nord.
Sur la place Hirschhorn, se trouve aussi l’ancienne école, transformée plus tard en centre des impôts puis en maison de soins. Hetzel (qui a donné son nom à la rue voisine) était le directeur de l’école. Sa fille a créé une association avec les anciens élèves de son père. Sur le mur est écrit « N’oubliez pas que l’école est un trésor », ce qui est assez drôle puisque l’école fut transformée en Centre des impôts.
atelier d’Alioune, artiste décédé il y a quelques années.
Nous empruntons ensuite la rue Moïse
maison à pans de bois, la seule épargnée par l'incendie causé par les Anglais.
derrière la végétation, les remparts ?
la poterne sud ?
et nous arrivons à l’ancienne abbaye Saint-Séverin, gérée autrefois par les moines Augustins et actuellement EHPAD.
Nous sommes trop nombreux pour visiter la crypte mais nous pouvons regarder une vidéo sur l’histoire de l’abbaye.
Il est notamment évoqué l’antiphonaire de Saint-Séverin, conservé aux Archives départementales de Seine-et-Marne. C’est un très grand recueil de chants grégoriens qui permettait aux moines de chanter la messe de Saint Séverin. Il a sans doute été créé entre 1689 et 1731, sous la gouvernance de l’abbé de Saint-Séverin, Henri de La Grange-Trianon. On pense qu’il a été fait par les grognards de Louis XIV.
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Un petit fascicule, gratuit, qui raconte l’histoire de l’abbaye, et écrit par notre guide, est disponible à l’Office de tourisme.
IL nous resterait à visiter encore le parc et la vallée du Fusain avec ses lavoirs, la tour-porche Saint-André, vestige d'un prieuré...
Autres personnalités de Château-Landon :
Arthur Chaussy (1880-1945), syndicaliste SFIO, député, maire de Brie-Comte-Robert, est né au hameau de Mézinville, à Château-Landon. Il vota contre l’attribution des pleins pouvoirs à Pétain en 1940.
Charles Dullin (1885-1949), acteur, metteur en scène,est créateur du Cartel des Quatre avec Gaston Baty, Goerges Pitoëff et Louis Jouvet. a habité pendant quelques années à Néronville, à l’est de Château-Landon..