Louis Mathieu Cochereau (de son vrai prénom Mathieu, comme son père et son grand-père) est né le 9 février 1793 à Montigny-le-Ganelon (Eure-et-Loir). Son père était maréchal-ferrant. Le petit Cochereau, illettré, devient aide maçon à l’âge de 13 ans et il gribouille des personnages sur les murs. Un ami de la famille, le juge de paix Pierre Joseph Louvancour, le remarque et conseille à Pierre Prévost, oncle maternel de Mathieu Cochereau et peintre de panoramas, de le prendre avec lui. Mathieu Cochereau travaille avec son oncle pendant deux ans, puis intègre l’atelier de David en 1809. En 1814, son tableau « Atelier de David » est salué par la critique comme un chef-d’œuvre.
Rappel : les panoramas sont des peintures à 360 ° peintes dans des rotondes.
Le 22 août 1817, Cochereau embarque à Toulon avec son oncle, sur un bateau pour une expédition archéologique au Moyen-Orient et commandée par le Comte de Forbin, dans le but d’établir des panoramas. Celui-ci était peintre, élève de David, archéologue, écrivain. Il a succédé à Vincent Denon comme directeur général du musée du Louvre.. Le 30 août, huit jours après le début du voyage, de la même année, atteint de dysenterie, Louis-Mathieu Cochereau meurt en mer Ionienne au large de l’île de Cérigo (autres noms : Cythère, Kythira), atteint de violentes douleurs. Son corps est jeté en mer, comme c’était la coutume, au large de l’île. Sa maladie et sa mort sont décrites par le Comte de Forbin dans son récit de voyage « Voyage dans le Levant » : CLIC
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Pierre Prévost continue quand même le voyage et l’expédition fait escale à Athènes, Constantinople, Saint-Jean-d’acre, Jaffa, Jérusalem, Le Caire, Alexandrie. De retour à Paris, le peintre a de quoi peindre cinq panoramas mais il meurt le 9 janvier 1923.
Les peintures de Cochereau sont conservées à Chartres, Châteaudun, Reims, le musée Carnavalet, le Louvre, Compiègne, Los Angeles, Tolède.
Cochereau, autoportrait.
Camille Marcille (1816-1875) a été le premier biographe de Cochereau. Il fut conservateur du musée de Chartres de 1862 à sa mort.. Il a également copié des œuvres de Cochereau dont cet autoportrait et l’« intérieur d’une académie de dessin éclairé par la lampe ». Il a acheté six œuvres de Cochereau (grand amateur d’art, il avait également des œuvres de Chardin, de Zurbaran, de Boucher, de Géricault).
Charles Leblanc (1815-1875), portrait de Marcille.
Pierre Prévost excellait dans la peinture des panoramas, immenses tableaux circulaires qui représentaient des villes à 360°. Ces tableaux étaient installés dans des rotondes. Par exemple dans le passage des Panoramas à Paris. Beaucoup de ces panoramas (bâtiments et peintures ont disparu).
Depuis la fenêtre de l’appartement de son oncle, Cochereau a peint ce tableau, avec une précision topographique, « Vue du Boulevard des Capucines à l’endroit de la rue-Basse-du-Rempart ».
L’atelier de David était installé depuis 1811 au Collège des Quatre-Nations. L’atelier mêle apprentissage technique et enseignement théorique pour rénover l’école française de penture. Il règne une émulation entre les élèves (ici, sur le tableau « Atelier de David », Victor Schnetz, Auguste Couder, Léopold Robert, Amable Pagnest) qui copient des estampes, des moulages d’après l’antique (Apollon du Belvédère, Gladiateur Borghèse… comme dans ce tableau « intérieur d’une académie de dessin éclairé par la lampe ») et les modèles vivants (« Atelier de David au Collège des Quatre-Nations »).
Intérieur d'une Académie (Cochereau)
Atelier de David (Cochereau)
Voici des tableaux peints par des amis de Cochereau qui retracent cette ambiance :
Jean-Henri Cless (1774-1812) « Atelier d’artiste », supposé être celui de David.
Amable Pagnest, « Le gladiateur » peint à la même époque que l’« Atelier de David ».
Jean-Victor Schnetz (1787-1870), « Portrait de l’architecte Lusson »
Léopold Robert (1794-1835), « Les petits pêcheurs de grenouilles dans les marais pontins » (1828)
Cochereau : « Portrait d’Alexis Louvancour, jeune lycéen » 1814. Né en 1796, c’était le neveu de Pierre Joseph Louvancour cité plus haut.
La chute de la monarchie en 1792 entraîne la nationalisation des biens du clergé et des émigrés.Le 14 août 1792, l’Assemblée législative adopte un décret ordonnant la démolition des « monuments élevés à l’orgueil, aux préjugés et à la tyrannie » tout en préservant les objets d’intérêt artistique. L’ancien Couvent des Petits-Augustins devient le lieu de dépôt de ces monuments. Alexandre Lenoir (1761-1839) le dirige et ouvre au public, en octobre 1895, le musée des Monuments français après le rapport de l’Abbé Grégoire contre le vandalisme (mot inventé à cette occasion). Le musée est organisé de manière chronologique. Lenoir accorde une place inédite à l’art médiéval. Des artistes viennent y copier les tombeaux plutôt que les antiques du Louvre. Ce musée préfigure la protection des monuments historiques et la conscience du patrimoine. Malgré le succès de musée (Victor Hugo aimait y venir quand il était enfant), il sera fermé en 1816 sur décision de Louis Philippe, les œuvres étant restituées aux émigrés ou intégrées dans les collections du Louvre et les dépouilles inhumées au Père-Lachaise.
Cochereau a peint plusieurs salles de ce musée, sous différents points de vue, avec ou sans personnages.
Cochereau, salle du XVIII du musée des monuments français Cochereau,
salle du XVII è du musée des monuments français.
Cochereau, Leçon publique à l’Institution Royale des Sourds-muets de Paris dirigée par l’Abbé Sicard (1742-1822)
Cette esquisse prépare un tableau qui sera terminé (en raison de la mort de Cochereau) par Auguste Antoine Wassé, peintre sourd et présenté au Salon de 1822. L’Abbé de l’Épée (1712-1789) révolutionne l’éducation des sourds en créant dès 1760 une école gratuite rue des Moulins. Il développe une méthode d’enseignement basée sur la langue des signes, alors méprisée et considérée comme une « mimique » rudimentaire. Après sa mort, l’État crée en 1791 la première école publique pour sourds au monde dirigée par son successeur l’abbé Sicard avec d’anciens élèves devenus répétiteurs, Jean Massieu (1772-1846) et Laurent Clerc (1785-1869). Pour financer l’institution et démontrer les capacités intellectuelles des sourds, Sicard organise des leçons publiques très prisées de la haute société parisienne. Ces spectacles durent plus de deux heures : cours en langues des signes, questions du public, réponses écrites au tableau pour les élèves. L’œuvre montre Sicard traduisant les échanges philosophiques entre Clerc et Massieu. Au fond, à gauche, on voit le tableau de Langlois, dont l’inscription originale de Massieu « la reconnaissance est la mémoire du cœur » avait été recouverte d’une propagande orale anachronique.
L’apprentissage de la langue des signes tourne court : médicalisation, éviction des professeurs sourds, puis interdiction totale de la langue des signes en 1880 suite au Congrès de Milan, étant remplacée par l’oralisation. Ce bannissement ne prendra fin qu’en 1991.
Cochereau s’est représenté à plusieurs reprises dans son atelier. Les autoportraits sont en quelque sorte les selfies et se faisaient devant un miroir. Le peintre s’est représenté ici avec son chevalet, ses pinceaux, les moulages des antiques, la vue sur les moulins de la Butte Montmartre. Le moulage à gauche représente un pied du groupe de Laocoon (prêtre troyen). L’original, en marbre, date d’environ 40 avant J.-C. Et est exposé au Vatican.
les moulins de Montmartre
Sur ce deuxième autoportrait (musée de Châteaudun alors que le premier est exposé au musée de Chartres) montre quelques différences : on voit un moulage d’une patte de cheval, cela permet de dater de tableau entre automne 1816 et été 1817 quand un sculpteur, Jacques Nicolas Brunot, a présenté ses moulages d’animaux à l’Académie et qu’il les a exposés à Paris.
Le troisième autoportrait est inachevé (mort de Cochereau). Cochereau y dresse le catalogue de qu’il sait faire et ce qu’il aspire à devenir. On y voit des études d’après le nu, des paysages dans l’esprit de Claude Lorrain et de Vernet, des figures historiques, des compositions religieuses.
un livret -découverte de l'exposition est disponible pour les enfants
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L’exposition est encore visible au musée des Beaux-Arts de Chartres jusqu’au 1 mars.
La visite terminée, nous sommes allés déjeuner au Tripot (place Jean Moulin) à 5 min à pied de la cathédrale. Bons plats, plat dessert et boisson pour 21 €. Accueil sympathique. Service rapide (nous avions donné la liste de nos plats la veille, ce qui nous a permis de déjeuner en une heure et d’être à l’heure au rendez-vous à la cathédrale). Une adresse à retenir. Mais il faut réserver !