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  Au musée de la Shoah à Pithiviers

visite guidée d’une heure (panneaux et vidéos)

 

Le journal de Spirou a été créé en 1938 par Jean Dupuis. Plusieurs dessinateurs se sont succédé, notamment Franquin, Peyo…

Les albums qui nous intéressent ici ont été créés par Émile Bravo.

Le premier album, Le journal d’un ingénu, a été écrit en 2008 et publié aux éditions Dupuis. L’action se passe à l’été 1939. On y trouve Spirou, qui vient de se faire embaucher comme groom, il vient d’être exclu de son internat religieux. Son écureuil Spip le suit partout. Spirou fait la connaissance de Fantasio, journaliste.

10 ans après avoir écrit le journal d'un ingénu, Emile Bravo a écrit et dessiné Spirou, L’espoir malgré tout en 4 tomes :

Première partie : Un mauvais départ

Deuxième partie : Un peu plus loin vers l'horreur

Troisième partie : Un départ vers la fin

Quatrième partie : Une fin et un nouveau départ

Ces 4 tomes se passent pendant l’Occupation à Bruxelles. Les autres dessinateurs de Spirou n’ont jamais parlé de la Shoah car ce n’était pas conforme à l’idée qu’on se faisait d’un journal humoristique pour enfants. Émile Bravo intègre cette période avec l’exode, la capitulation de Léopold III, la collaboration, la répression, l’antisémitisme, la Shoah, le rationnement et le marché noir, la Résistance et la libération.

Émile Bravo s’est inspiré du Journal de guerre de Paul Struye (qui deviendra ministre de la Justice après la guerre) ainsi que de son histoire familiale (son père, réfugié espagnol, a été interné à Argelès/Mer)

Dans la BD, la fiction rejoint l’Histoire. Les personnages fictifs sont parfois inspirés de personnages réels : avec le boxeur juif Alphonse Choukroune et sa maîtresse la styliste Caroline Delastre on pense au couple Cerdan-Piaf (Cerdan et Choukroune étaient des boxeurs nord-africains)

Un événement au début du Journal d’un insurgé est de pure fiction : c’est la rencontre entre des personnages fictifs : Karl von Glaubitz (qui pourrait faire penser à Heydrich) présenté comme adjoint de von Ribbentrop d'une part et des diplomates polonais venus à Bruxelles pour régler le problème de Dantzig d'autre part. Cette rencontre n’a jamais eu lieu, Hitler ayant déjà décidé d’envahir la Pologne et Heydrich n’est venu à Bruxelles qu’en 1940 pour inaugurer la centrale de la Sipo-SD. Emile Bravo imagine que Spirou aurait pu sauver la paix en proposant de faire de Dantzig une zone gérée par la SDN, mais Fantasio fait rater cette proposition en donnant un coup de poing à von Glaubitz.

Le Moustic hôtel où Fantasio est groom a réellement existé : le créateur de Spirou, Rob-Vel, y a travaillé.

Des personnages ont réellement existé : les peintres juifs Felix Nussbaum (allemand) et Felka Platek (polonaise) ont fui l’Allemagne pour se réfugier à Bruxelles. Comme dans la BD, ils ont dû se cacher dans le grenier avant d’être dénoncés, arrêtés, déportés le 31 juillet 1944 et assassinés à Auschwitz.

Felka, peinte par Felix Nussbaum :.

le couple (en marionnettes) peint par Nussbaum :

Nussbaum appartenait au courant de la Nouvelle Objectivité et était considéré par les nazis comme peintre dégénéré (nombre de ses tableaux ont été brûlés par les nazis). En arrivant en Belgique, il a reçu l’aide du vieux peintre James Ensor et du sculpteur Dolf Ledel. Celui-ci a caché des tableaux de Nussbaum dans sa cave.

le buste de Felix par Dolf Ledel :

un tableau de 1936

En 1940, Felix est interné comme « étranger suspect » dans le camp de Saint-Cyprien, dans les Pyrénées-Orientales (camp des réfugiés espagnols), il s’en échappe et rejoint Felka à Bruxelles. Lui, peint des tableaux comme thérapie ; elle, peint des assiettes, pour acheter de quoi manger. Deux tableaux évoquent le camp de Saint-Cyprien : Autoportrait à la clé ; Le réfugié (1939) dans lequel on voit les conditions terribles du camp, réfugiés déféquant dans des tonneaux, dysenterie, tuberculose, typhoïde, paludisme, conditions météo épouvantables, pas de chauffage, d’éclairage…

Autres tableaux de Nussbaum :

Autoportrait au passeport juif (1943)

ce tableau est évoqué dans la série :

Triomphe de la mort (1944)

un tableau de Felka platek :

 

Un musée à Osnabrück, en Allemagne, rassemble les toiles de Nussbaum « Si je meurs, ne laissez pas mes peintures me suivre, mais montrez-les aux hommes ». Ce vœu a été exaucé par Émile Bravo ! Un livre à lire : « Felix Nussbaum, une vie de peintre «  (Marie Schaevers »)

Emile Bravo parle aussi des lois antijuives (17 ordonnances, port de l’étoile juive avec un J, interdiction des métiers, interdiction d’entrer dans les squares (ce que ne comprennent pas les deux enfants, amis de Spirou), rafles (il y en eut 6 en 1942 , 4500 personnes furent envoyées au camp de rassemblement à Malines).

Chaque album commence et se termine par une gare. Sur ordre des résistants, Fantasio prépare l’explosion du pont sur lequel devait passer un train de munitions, Spirou l’arrête à temps car c’est finalement un train de déportés qui passe, le dernier train dans lequel se trouvent Felix et Felka.

Un personnage important n’est pas présent dans les albums mais sa présence est sous-entendue : c’est Jean Doisy. Jean Doisy (de son vrai nom Jean-Georges Evrard), a été rédacteur en chef du Journal de Spirou de 1938 à 1955 (date de sa mort) aux éditions Dupuis. Jean Dupuis refuse la collaboration (il refuse d’imprimer Signal) mais continue à imprimer grâce à Jean Doisy qui avait stocké des rouleaux de papier. Jean Doisy crée, en 1938, le club des Amis de Spirou (avatars, code d’honneur). Beaucoup de jeunes, adhérents aux Amis de Spirou, entrent en résistance. Jean Doisy s’en voudra de les avoir envoyés à la mort. Jean Doisy était un membre clé du Front de l’Indépendance, il s’est servi des éditions Dupuis et des Amis de Spirou pour faire passer des messages, cacher des réfugiés, organiser des sabotages.

Les panneaux de l’exposition présentent des résistants recrutés par Jean Doisy : Suzanne Moons, Marguerite Mertens et Victor Martin. Ce dernier a mis ses connaissances en allemand au service de la Résistance. Il part en Pologne, on lui confirme que des gens meurent à Auschwitz. Mais les Alliés veulent mettre fin à la guerre, militairement, et ne se préoccupent pas du génocide. Arrêté et torturé, il s’évade d’un camp en Pologne.

Suzanne Moons appartenait au Comité de défense des Juifs et a sauvé 600 enfants juifs.

Spirou sauve deux enfants partis dans un train de déportés :

L’exode de mai 1940 est magistralement illustré : fuite chaotique de millions de civils belges et français sur les routes, mitraillés par les Stukas…

La série montre bien aussi la double administration belge, partagée entre l’administration militaire allemande, la police nazie Sipo-SD et la collaboration du ministre de la Justice Gaston Schuind d’une part et d’autre part, le refus d’élus belges, notamment jusqu’en 1942, des bourgmestres Joseph Vandermeulebroek et Jules Coelst, ce dernier refusant de mettre en place les rafles et les étoiles. Dans la BD, on peut rattacher ce personnage réel au personnage fictif du commissaire qui permet à Spirou de s’échapper.

En Flandre, un parti nationaliste souhaite l’indépendance de la Flandre et collabore avec les Allemands, En Wallonie et à Bruxelles, un parti nationaliste, Rex, fasciste, collaborationniste fondé par Léon Degrelle met en place une section jeunesse rexiste. Dans la série, on voit notamment les méfaits des jeunes rexistes.

Le théâtre de marionnettes le Farfadet a réellement existé et a été créé en 1942 par Jean Doisy et le jeune marionnettiste André Moons, fils de Suzanne. Le théâtre mettait en scène Spirou (la marionnette de Spirou existe toujours), Fantasio et les autres personnages du journal mais servait surtout de couverture aux résistants qui circulaient à travers la Belgique sous prétexte de tournées artistiques. Dans la carriole contenant le castelet, Spirou cache les pommes de terre qu’il achète au marché noir pour nourrir Felix et Felka.

Les pénuries, le rationnement, la faim, la pénurie de charbon, le froid, la recherche de rutabagas, sont montrés tout au long des albums.

 

Le tome 3 montre la mise en place du S.T.O à la fin 1942. Spirou est trop jeune pour être envoyé en Allemagne. Pour y échapper, Fantasio bascule à ce moment dans la Résistance et devient agent de liaison.

Les personnages féminins ne se rapportent pas à des personnages réels mais incarnent les résistantes belges en général : la soubrette Kassandra, agent soviétique, qui sera finalement déportée, Madeleine (son prénom fait penser à Madeleine Riffaud mais ce n’est qu’une idée personnelle!)…

Les personnages évoluent au cours de la série : Spirou reste fidèle à ses idées mais prend de la maturité. Il garde jusqu'à la fin son costume rouge, alors même qu'il n'est plus groom, peut-être en hommage à la communiste Kassandra, peut-être parce qu’il refuse de grandir, peut-être parce qu’après avoir servi les clients de l’hôtel (une sorte de servitude), il continue à servir les opprimés. Son costume s’use, se déchire, devient trop court et devient symbole de pauvreté. Fantasio, opportuniste qui participe d’abord à la collaboration « grise » pour manger, change et entre en clandestinité. Il travaille d’abord au Soir *, sans s’apercevoir que c’est un journal collaborationniste, puis entre dans la Résistance. Bravo s’appuie sur un fait historique : en mai 1940, Le Soir cesse de paraître puis est relancé sous le contrôle des Allemands. Hergé, en revanche, a continué à publier Tintin dans le Soir. À travers ces deux journalistes, nous pouvons nous interroger sur les responsabilités des auteurs, des journalistes, des intellectuels, en régime d’occupation.

à propos du Soir, un film intitulé Le Faux-Soir  sortira en 2027, avec François Damiens, Mélanie Thierry, Boulli Lanners... ; il raconte l'histoire de l'édition clandestine en 1943 du numéro d'un soir du Soir pour ridiculiser l'occupation allemande.

Fantasio part travailler en Allemagne pour Le Soir :

La prise de conscience politique et philosophique du petit écureuil Spip est intéressante, sa captivité devenant peut-être symbole du prolétariat exploité.

Sur les personnages :  https://spirou.peuleux.eu/albums/one_04.htm

Sur Felix Nussbaum :  https://www.mahj.org/sites/default/files/2022-07/felix-nussbaum-dossier-pedago.pdf

et https://kazernedossin.memorial/biografie/felix-nussbaum-als-ik-sterf-laat-mijn-kunst-me-niet-volgen-in-de-vergetelheid-maar-toon-ze-aan/?lang=fr

(faire un copié-collé des liens, je n'arrive pas à les intégrer directement)

  

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