- Le musée juif de Vienne est composé de deux sites, un sur la Judenplatz et l'autre sur la Dorotheergasse.
- Commençons par le site de la Judenplatz, installé dans la maison Misrachi (à l’ouest de la place) qui date du XII è siècle.
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- On y voit les vestiges de la synagogue détruite pendant la Gesera (emplacement de la bimah, salle des hommes, salle des femmes). Le musée présente aussi des documents retraçant la vie des Juifs de Vienne jusqu’en 1420.
- les vestiges de la synagogue :
- au milieu, la bimah :
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- clé médiévale (avant 1421), trouvée lors des fouilles au pied des marches de l’entrée principale de la synagogue.
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- Des panneaux interactifs questions-réponses :
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Romana traduit les questions et leurs réponses. Des réponses parfois contradictoires, ça dépend des situations. En voici quelques-unes :
- Diffuser des rumeurs ou bavarder pendant le Shabbat est interdit mais si c’est pour faire plaisir, c’est permis.
- Est-ce que les sièges de la synagogue peuvent être loués à quelqu’un ? Non, car chacun a sa place. Les sièges libres peuvent être proposés à des Juifs ou à des non-Juifs.Les invités sont toujours assis par terre pour montrer qu’ils ne sont pas Juifs.
- Qu’arrive-t-il si un étudiant de l’école vole du pain, du vin, de la viande dans la cave ? Tous les étudiants sont expulsés, le voleur est expulsés et ne peut plus étudier le Talmud. Le voleur doit écrire le 7 ème commandement 539 fois.
- Quel est le remède pour une âme qui souffre ? Se distraire ; la charité ou parler à quelqu’un (quand on partage le malheur, il est moins grand)
- Les femmes sont-elles acceptées comme témoins dans un tribunal ? Non/ autre réponse : oui, s’il n’y a personne d’autre. Si elle témoigne, sa parole vaut la moitié du témoignage d’un homme. / autre réponse : seulement si c’est dans le domaine concernant les femmes.
- Qui crée les habits des mariés ? Même un tailleur chrétien a le droit/ autre réponse : que des tailleurs juifs / autre réponse : des tailleurs chrétiens sous contrôle de tailleurs juifs / c’est le père de la mariée qui décide
- Peut-on mélanger du chanvre (flax) et du lin (hemp) ? C’est permis car ce sont deux végétaux / ce n’est pas permis car ce sont des plantes différentes / si c’est un Juif qui les travaille, c’est permis.
- L’autre partie du musée juif se trouve 11 Dorotheergasse. Au rez-de-chaussée, sont exposés des objets émouvants :
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- Cette valise a appartenu à Frieda Jacobowitz, une femme de 67 ans, déportée en septembre 1942 de Berlin à Terezin. En 1944 , elle a été transférée vers le camp d'extermination d'Auschwitz, où elle a été assassinée. En 1945, à la libération, le Docteur Artur Stoehr a récupéré la valise pour rapporter ses propres affaires à Vienne. La valise est restée longtemps dans le grenier du Dr Stoehr puis a été donnée au musée. La valise pesait 50 kg et contenait une couverture et une paire de chaussures. Elle porte des inscriptions à la peinture à l'huile blanche. C'était une exigence imposée par les autorités nazies : chaque personne déportée vers Theresienstadt devait marquer ses bagages pour faciliter la logistique administrative du régime.
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- Ce fusil à répétition Enfield (modèle 1917) a appartenu à Harry Weber. Âgé de 17 ans, Harry Weber (futur photographe pour le magazine Stern) a quitté la Palestine en 1938. En 1944, il est volontaire avec 5000 autres jeunes Juifs dans la Brigade juive de l’Armée britannique. Après les réticences des Britanniques qui ne faisaient pas trop confiance aux jeunes Juifs, cette brigade a été créée en 1944. Grâce à son engagement, Weber obtint l’autorisation de retourner en Palestine comme libérateur. Il garda son fusil jusqu’à sa mort en 2007.
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- Ce jeu de mahjong a appartenu à Oskar Rosenzweig. Comme 5000 Juifs autrichiens, il s’est exilé à Shanghaï. À l’époque, le port franc de Shanghaï ne demandait ni passeport ni visa. La majorité des réfugiés ont vécu dans le quartier de Hongkew, une zone industrielle très peuplée et dévastée par le conflit sino-japonais. En 1943, les autorités japonaises ont imposé aux Juifs de vivre dans un ghetto. La vie était très difficile, les logements étaient surpeuplés, souvent insalubres, sans eau ni électricité. Les épidémies de typhus et choléra étaient des menaces constantes. Les réfugiés dépendaient de comités de secours ou exerçaient de petits métiers. Dans le ghetto, il fallait un permis spécial pour sortir et travailler à l’extérieur. Pour lutter contre le désespoir, des écoles étaient organisées pour les enfants, des pièces de théâtre étaient jouées ainsi que des concerts et des journaux étaient imprimés, permettant aux réfugiés de garder un lien avec leur culture d’origine. Après 1945, les réfugiés ont quitté Shanghaï pour les États-Unis, Israël ou l’Australie. Rosenzweig est rentré à Vienne en 1947, rapportant ce jeu de mahjong.
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- Ce jeu d’échecs provient du camp de personnes déplacées de Saalfelden où de nombreux survivants ont trouvé refuge après la libération. Les réfugiés avaient surnommé ce camp « Givat Avoda », (= la colline du travail) reflétant leurs aspirations sionistes et leur désir de reconstruire leur vie. Ce jeu a été fabriqué en 1947 par de jeunes survivants des camps de concentration. Ils l’ont offert au commandant américain du camp en remerciement, exprimant également l’espoir de partir pour la Palestine.
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photo internet :
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Cette collection de netsukes (petites figurines japonaises sculptées) a appartenu à la famille Ephrussi. Elle est composée de 264 figurines (XIX è siècle) de 2 à 15 cm, en ivoire ou en bois et représentant un loup gris tacheté, un couple d’acrobates enlacés, une pieuvre, un faune sur un lit de feuilles, une cigale, un homme assis avec une courge entre les pieds, un tonnelier maniant une herminette, beaucoup de rats et de chasseurs de rats, des poissons, des nèfles et, le chef-d’œuvre, un lièvre aux yeux d’ambre...
En 1899, Charles Ephrussi, dandy et collectionneur d’art parisien (le Swann de Proust ?), offrit cette collection à son cousin viennois, Viktor Ephrussi, comme cadeau de mariage. Après l’Anschluss, les Ephrussi ont dû s’exiler et leurs biens ont été confisqués. Dans son livre « Le lièvre aux yeux d’ambre » , Edmund de Wall, petit-fils de Viktor, raconte que la bonne de la famille aurait caché ces petites figurines dans le grenier. Légende ou réalité ? En tout cas, les objets ont été retrouvés en 1950 et ils furent restitués au fils de Viktor, Iggie Ephrussi, qui les a emportés au Japon. À la mort d’Iggie, en 1994, Edmund de Wall a hérité de la collection et l’a prêtée en 2017 pour une exposition permanente.
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le lèvre aux yeux d'ambre sur le ticket du musée :
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Au troisième étage, sont exposées des collections provenant de maisons juives et de synagogues et achetés par Max et Trude Berger. Il y a également une collection de Martin Schlaff (objets caricaturaux et diffamants), et des objets collectionnés par la famille Stern des Ets Stern de caricatures diffamantes.
La collection Schlaff : Il s'agit d'un ensemble de plusieurs milliers d'objets du quotidien (figurines, cendriers, pipes, cannes, jeux, vaisselle, cartes postales) datant pour la plupart du XIXe et du début du XXe siècle. Ces objets portent des représentations grotesques et profondément antisémites. Ils témoignent de la manière dont l'antisémitisme était banalisé et diffusé à travers des objets triviaux, faisant partie intégrante de la culture matérielle de l'époque. Personnellement, ces objets m’ont mise très mal à l’aise et je ne me suis pas attardée. Le musée a fait le choix de les exposer afin de ne pas occulter cette période sombre de l’Histoire afin de montrer que l’antisémitisme faisait partie de la vie quotidienne des populations non-juives de l’époque.
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La collection Stern porte sur des objets d’orfèvrerie, de porcelaine, de verrerie et témoigne la place qu’avait une partie de la population juive qui avait un certain statut social.
Ces trois collections sont une quantité massive d’objets, le musée a voulu ainsi montrer la richesse de la culture juive.
Sur le dépliant du musée, je vois qu’un vélo a été exposé. C’est un vélo demi-course, modèle Victoria Blitz, datant de la fin du XIX è siècle. Il a appartenu à Theodor Herzl qui a été initié à la pratique du vélo par l’écrivain Arthur Schnitzler. Il évoque une époque où les Juifs étaient très intégrés dans la vie culturelle et technologique viennoise, tout en étant confrontés à un antisémitisme virulent et croissant.
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J’ai acheté des marque-pages, dont celui-ci qui représente un dessin d’Eran Shakine. Les trois hommes sont vêtus de la même façon, on ne sait pas qui est le Chrétien, qui est le Juif, qui est le Musulman mais tous les trois s’unissent pour toucher le Ciel. Il met en évidence leur humanité partagée et l’absurdité des conflits interreligieux puisqu’ils cherchent la même chose.
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