La matinée du jeudi 7 septembre est consacrée à la visite de Berat. La veille, au soir, j’avais photographié quelques portraits de personnages importants :
Mehmet Ali Pacha Vrioni, 1842-1895, grand propriétaire terrain et aristocrate albanais, patriote et défenseur des droits des Albanais.
Mihal Komneno, (XIII è siècle), fondateur et premier dirigeant du despotate d’Epirus
Onufri, (XVI è) peintre d’icônes.
La forteresse Kala, construite au XIII è siècle, se trouve sur la rive droite de la rivière Osum. sur la colline du Kalaja et couvre une surface de 10 ha. Pour y accéder , il faut gravir 130 m et nous décidons de prendre un taxi pour accéder sans effort au pied de la forteresse (9 € aller pour trois personnes).
la tour sud :
Berat a été construite au IV è siècle avant J.-C. Par une tribu illyrienne des Dessarètes. Les Albanais sont les descendants des Illyriens, les Slaves sont venus plus tard, au VI è siècle ap JC. Antipatra est le premier nom de Berat. Puis elle prit le nom de Pulcheripolis sous l’empire romain.
En 395, à la mort de Théodose, l’empire romain se divise en deux. La frontière nord-sud passait juste à l’ouest de l’Albanie qui faisait donc partie de l’empire romain d’Orient (byzantin). Du IX è au XI è siècle, sous occupation slave, la ville s’appelle Belegrada ou Beligrat (comme Belgrade ( = ville blanche). En 1280, elle est assiégée par les Angevins du roi de Sicile Charles d’Anjou. Les renforts byzantins repoussent les Angevins qui voient d’ailleurs l’année suivante, la fin de leur domination en Sicile (épisode des Vêpres Siciliennes). En 1417, la ville passe sous domination ottomane.
Après la chute du communisme, les gens ont fermé leur maison pour aller travailler en Grèce et ils sont revenus récemment avec la montée du tourisme à Berat.
Du haut de la tour sud de la citadelle, nous avons une belle vue sur la ville et ses deux quartiers, Mangalem (quartier musulman, à nos pieds, sur la rive droite de la rivière Osum qui se jette plus au nord dans la rivière Seman puis dans l’Adriatique) et Gorica (quartier chrétien orthodoxe, de l’autre côté, sur la rive gauche)
au fond le mont Shpirag (voir la légende plus loin)
Gorica :
pont suspendu :
Gorica et le pont de Gorica à droite :
le quartier de Mangalem à nos pieds
Mangalem avec le minaret de la mosquée des célibataires :
la mosquée du sultan, dans la ville nouvelle
Mangalem avec à droite le boulevard Republika
On comprend à ce moment pourquoi on appelle Berat « la ville aux mille fenêtres » ! Les maisons sont collées les unes contre les autres et contre la colline et n’ont donc pas de fenêtres à l’arrière. Pour avoir suffisamment de lumière, on a multiplié les fenêtres sur la façade, ce qui donne cet aspect original aux deux quartiers.
Dans la citadelle, à l’époque byzantine, il y avait 4000 habitants à l’intérieur de la forteresse et 24 églises orthodoxes. Actuellement, il y en a encore quelques-unes : Sainte Trinité, St Nicolas, la cathédrale de la Dormition, St Théodore. Dans la citadelle, il y a aussi la mosquée blanche et les ruines de la mosquée rouge. En dehors de la ville, il y a d’autres lieux de culte : Saint-Michel au pied de la tour sud, St-Thomas et l’église de St-Spiridon dans le quartier de Gorica, la mosquée des célibataires, la mosquée du roi et d’autres sites que nous n’avons pas vus. N’oublions pas non plus que pendant l’occupation allemande, de nombreux juifs ont été cachés par les habitants. Leurs ancêtres étaient arrivés d’Espagne pour fuir l’Inquisition.
église Saint Thomas :
église saint Spiridon :
Dans la citadelle, nous nous perdons un peu dans le dédale des rues, ce n’est pas le moment de s’arrêter pour admirer les broderies. Il faut suivre Gezim car nous allons visiter la cathédrale de la Dormition et le musée Onufri (CLIC).
nous arrivons auprès du château :
pas facile de marcher sur les pavés
Après la visite du musée Onufri, encore éblouis par la beauté de toutes ces icônes, nous redescendons vers la ville. Depuis le pont suspendu, une petite passerelle piétonne, nous regardons vers le pont Gorica qui sépare les deux quartiers. Nous avons une belle vue sur les quartiers : à gauche Gorica, à droite Mangalem.
le pont de Gorica :
Une légende raconte qu’à l’époque illyrienne, deux familles étaient amies
Les enfants, deux géants dans une famille et une fille, très belle, dans l’autre famille, jouaient ensemble. Devenus grands, les deux frères tombèrent amoureux de la fille. Elle ne savait pas lequel choisir. Le premier frappa son frère avec son épée, ce qui laissa des cicatrices sur la montagne. Le second frappa son frère avec un fléau d’armes. La fille supplie Dieu d’arrêter le combat. Celui-ci transforme les deux frères en montagnes : à gauche le Shpirag (1800 m), à droite, le Tamor (2400 m). Les larmes de la fille ont créé la rivière Osum et la belle se transforme en la ville de Berat aux maisons blanches. On voit encore les traces du combat : grandes crevasses et cratères.
Le mont Tamorr est sacré et fait l’objet de pèlerinage pour les chrétiens mais aussi pour les bektachis. Un autre mythe fait allusion à un ancien dieu illyrien, Baba Tamor, vieillard à barbe blanche entouré de quatre aigles femelles.
Sur le mont Shpirag, autrefois, il y avait des lettres blanches ENVER (pour Enver Hoxha). C’était un projet titanesque, réalisé en 1969 par 600 jeunes des villages voisins de Berat et de l’usine textile. L’inscription a été réalisée en pierres naturelles et galets de la rivière en 15 jours pour fêter la venue de Enver Hoxha à Berat ! Elle mesurait 80 m sur 40 m. Les instructions étaient données aux jeunes par téléphone ou radio d’après des gens qui regardaient l’avancement des travaux au télescope depuis le château. Après la chute du communisme, on s’est aperçu qu’elles étaient très difficiles à enlever et le ENVER a été simplement transformé en NEVER dont il reste des traces.
photos internet :
C’est sur cette montagne qu’on a trouvé du pétrole.
Nous pouvons admirer de près la mosquée des célibataires (mosquée Sylejman Pacha) dont nous n’avions vu que le minaret depuis la tour de la forteresse. Elle date de 1827 et, à l’origine, elle était destinée aux apprentis célibataires.
Gezim nous accorde 20 min de temps libre pour nous promener sur le boulevard Republika et nous offre des figues fraîches. C’est un moment calme, il est presque midi, Les femmes papotent. Des hommes jouent aux cartes, aux échecs. Je leur parle de Erald Dervishi et ils acceptent que je prenne le jeu en photo.














































