Pour connaître les conditions de visites : CLIC sur le site du musée
Le site de la maison-musée est très intéressant et présente notamment un index des artistes ayant exposé les années précédentes : C215, Erro, Jef Aérosol, Rancillac (on avait vu deux de ses œuvres au musée d’Orléans), Ernest Pignon-Ernest, le loirétain Jean Anguera, Ben, Nisa Chevènement, Hervé Di Rosa, vivants ou décédés (Alfred Manessier)
Nous avons donc visité cette maison-musée trois fois, dont deux avec notre « groupe du jeudi » (19 novembre 2009 et 19 octobre 2023). Nous avons refait cette visite avec beaucoup de plaisir, ayant oublié certaines choses, ou la mémoire nous revenant peu à peu au cours de la visite. J’ai été émerveillée par la façon dont notre guide a conduit la visite, nous récitant par cœur des extraits de la correspondance d’Elsa à sa sœur Lili Brik et des extraits de romans.
un recueil de poèmes, acheté en 1961. C'est l'époque où j'ai lu "les cloches de Bâle", "Aurélien", "Les beaux quartiers"... mais rien d'Elsa Triolet. Reconnaissance envers ma prof de 3 ème qui nous lisait "La Rose et le réséda", "Richard II Quarante", "Art poétique", "ballade de celui qui chanta dans les supplices", "chanson du siège de la Rochelle". Ces poèmes de résistance m'impressionnaient davantage que les poèmes d'amour à Elsa.
Ce musée se situe à Saint-Arnoult-enYvelines (Yvelines). C’est un musée géré par une association privée et les murs appartiennent à l’État qui verse des subventions et finance également les gros travaux.
Aragon a acquis cette maison en 1951, c’était un ancien moulin qui avait cessé son activité et avait été modifié par des propriétaires précédents. Il en a fait cadeau à Elsa, c’est le nom d’Elsa qui figure sur l’acte de vente. Aragoncha (diminutif russe que lui donnait Elsa) voulait lui faire cadeau de « ce petit coin de terre de France », à elle qui ne se plaisait pas trop à Paris (ils habitaient rue de Varennes). Elle ne s’y sentait pas à sa place, une Russe parmi les Français. Là, ils pouvaient travailler dans le calme.
Et puis, à cette époque, Aragon avait été déchu de ses droits civiques pour délit de presse. Il avait été accusé de propagation pour fausses nouvelles dans le journal « Ce soir » dont il était directeur. C’était un article sur la grève des mineurs en 1978, réprimée par des CRS, avec l’appui de l’armée. Le journal avait parlé de tirailleurs sénégalais alors qu’il s’agissait de marocains. À l'étage, un chapeau de mineur évoque cette grève.
Après la mort d’Elsa, Aragon a fait don de la maison à trois conditions : le lieu devait raconter leur histoire, être un lieu de recherche (la bibliothèque est ouverte aux chercheurs) et un lieu vivant ouvert à la création contemporaine pour les musiciens, plasticiens et autres artistes, avec exposition des œuvres. Il y a trois expositions par an. Actuellement des œuvres sont exposées dans le parc ainsi que celles de Bernard Moninot dans une salle du rez-de-chaussée.
Le parc fait 5 ha. Il est traversé par la rivière La Remarde (appelée aussi Rémarde, Renarde, Boëlle des Chevaliers) qui coule de Sonchamp à Arpajon.
Nous commençons par la visite guidée du jardin de sculptures contemporaines.
Certaines œuvres sont exposées depuis plusieurs années.
Jeff Aérosol (« blaze » de Jean-François Perroy) a exposé en 2014 et cette œuvre murale réalisée in situ est restée. Elle s’appelle « Les trois garçons ». La signature du graffeur, une flèche, plus ou moins grande, est dirigée vers les yeux. Il a réalisé plusieurs pochoirs pour les différentes couleurs et créé des coulures par dripping, technique souvent utilisée par les graffeurs, du temps où ce genre de peinture était interdite. Quand la police arrivait, avant de se sauver, ils traçaient un trait de peinture qui continuait à couler et à faire vivre la peinture sous les yeux des policiers. Les coulures bleues n’ont pas été voulues, elles sont le fruit d’une réaction inattendue de la peinture sur le support.
J’ai vu une exposition de Jef Aérosol à Orléans en 2012 (collégiale saint-Pierre du Puellier). Il y avait également des œuvres sur un mur : en 2023, elles y étaient encore. À Paris, en face la fontaine Tinguilly-Niki de Saint-Pjhalle, il y a un grand pochoir « Chuttt ! »
« La guerre de l’information », collage de Levalet, un affichiste, réalisé en 2018. Le pigeon, par métaphore, désigne un dupe, un homme qu’on attire dans une affaire pour le tromper, l’arnaquer. Ces pigeons, utilisés pendant la guerre 14-18, coiffés de casques allemands et français et arborant des décorations militaires, nous montrent qu’il n’y a pas de vainqueurs en temps de guerre, tout le monde est pris pour un pigeon.. Triste réalité. La peinture a été, comme celle de Jeff Aérosol, faite in situ sur un pigeonnier bien sûr. Elle nous rappelle qu’Aragon a participé à la guerre 14-18 (il a même eu la croix de guerre). Levalet se représente lui-même, muni d’un porte-voix.
« Prise de tête et mal de rein » de Ivan Messac, réalisé en 2013. Le personnage évoque « l’âge d’airain » de Rodin. Ici, l’artiste aplatit la sculpture et lui ôte ses couleurs. Il ne reste alors qu’ombre et lumière, noir et blanc. Pourtant, ce n’est pas un tableau puisqu’en passant de l’autre côté, on peut voir le personnage de face.
Ces deux œuvres, réalisées en 2014, doivent se lire ensemble : ce sont celles d’un couple de Japonais : « Inclination form-red » de Keiji Uematsu et « Red and wine-red and white-dot » de sa compagne Nokubo Watanabe. Formes très simples, en acier peint, qui se complètent. Le rouge des deux sculptures s’allie à merveille avec sa couleur complémentaire, le vert des feuillages et de l’herbe. « Inclination form-red » est un cône de Kenji Uematsu qui défie les lois de la gravité en ne s’appuyant que sur sa minuscule pointe. Défi réussi. Et si on essayait d’en faire autant ? s’appuyer sur un orteil, un doigt ou le bout du nez ! L’œuvre de Nobuko Watanabe s’appelle étrangement « Red and wine red (ça, on comprend) mais où est le « white-dot » ? ! pour le voir, il faut passer derrière…
« Le mot », œuvre de François Abélanet, est une œuvre de 6,60 m sur 5,80 m, une anamorphose , c’est-à-dire qu’elle a la particularité de ne se lire qu’à un angle de vue précis. Elle a tout à fait sa place dans ce parc car elle évoque un poème d’Aragon « le mot ». Mais notre guide ne nous en dit pas plus, il faudra attendre la fin de la visite pour connaître l’histoire d’Aragon. Vous aussi, il vous faudra attendre (prochain article)
« Rebonds de mémoire » de Jean-Pierre Rives (2003), poutrelles IPN. Est-ce un circuit de voiture ? La trajectoire d’une balle rebondissante, une écriture inconnue ? Comment le temps marque-t-il son passage dans cette sculpture ?
« O barrés » de Pierre Marie Lejeune (2000), acier corten. 190/145/95 cm et 200/100/65 kg. Le sculpteur aime parler de « Natura Metallica ». Le métal est naturel, la végétation est naturelle. Mais le sont-ils encore lorsqu’ils sont transformés par la main de l’homme. Lequel de ces trois O barrés représente la moitié du plus grand en cm ? Et en kg, est-ce le même ?
Nous montons vers la tombe des deux écrivains.
Elsa est décédée dans son jardin le 16 juin 1970, elle avait 74 ans. Elle avait choisi l’endroit de sa tombe depuis longtemps. C’était l’endroit qu’elle voyait depuis son bureau, il y avait deux hêtres (aujourd’hui disparus) où ils avaient gravé leurs noms dans un cœur. Elle parle de cet endroit dans « Le cheval roux ». Elle voulait voir la maison depuis la tombe.
Cette tombe est pleine de messages. L’épitaphe a été écrite par Elsa elle-même, c’est ce qu’elle avait écrit pour l’introduction de leurs « œuvres croisées ».
« Quand côte à côte nous serons enfin des gisants, l'alliance de nos livres nous unira pour le meilleur et pour le pire, dans cet avenir qui était notre rêve et notre souci majeur, à toi et à moi. La mort aidant, on aurait peut-être essayé, et réussi à nous séparer plus sûrement que la guerre de notre vivant, les morts sont sans défense. Alors nos livres croisés viendront, noir sur blanc, la main dans la main, s'opposer à ce qu'on nous arrache l'un à l'autre. ELSA. »
Aragon fit les démarches pour exaucer le vœu d’Elsa qui voulait qu’ils soient tous les deux enterrés là, au pied des grands hêtres. Georges Pompidou accorda la dérogation et le 12 décembre 1970,Rostropovich interpréta la Sarabande de Bach au pied de la tombe. En principe, on entend la Sarabande quand on est près de la tombe mais lors de notre dernière visite, il y avait une panne de sono.
Douze ans plus tard, Aragon y fut également enterré. Son nom est inscrit sur la tombe, sans le prénom Louis. Un autre mystère (avec le poème du Mot) que notre guide nous révélera à la fin de la visite).
autres vues du parc, prises en mai 2009
muguet et sceau de Salomon
Pat Andrea , "l'insolite Alice"
Exposition de Bernard Moninot.
Exposition de Bernard Moninot.
« Chambre d’écho ». Acier, toile polyester, acrylique, verre, bois, carton, corde à piano, plexiglas, serre-joint, perles de verre, ventilateur. L’œuvre est composée de trois parties : la cabane et le lustre sonore, le rideau de patience avec la représentation d’un glacier et au dos des objets de mémoire
Le construction confronte deux souvenirs : l’un merveilleux avec une histoire des harmoniques produite par un diapason et l’autre tragique avec cette phrase « Les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri » écrite par René Char après l’assassinat de Roger Bernard, jeune poète résistant.
« « lumière fossile », 5 constructions (corde à piano soudées et collage de pentacrines (fossiles datant de 200 millions d’années). L’utilisation des fossiles permet de suggérer un temps géologique.
leurs voix :
un poème interprété par Hélène Martin















































