Visite du 7 novembre 2024.
Le musée International d'Art Naïf de Vicq-en-Yvelines (MIDAN) se trouve dans un tout petit village (400 habitants) près de Montfort-l'Amaury. Il a été fondé par Max Fourny (1904-1991) et son épouse, Françoise Adnet (1924-2014). Il est maintenant administré par la mairie. Le musée accueille surtout des enfants, principalement de maternelle qui sont émerveillés par cet univers joyeux et simple. Un visiteur sur trois a moins de 10 ans. Des ateliers pour enfants sont organisés ainsi qu'un livret-jeux.
Le musée est un ancien corps de ferme datant de 1777, attenant au moulin de Vicq. Inauguré par Max Fourny et Françoise Adnet en 1973, il a fermé en 2014 et rouvert il y a tout juste un an après une très belle restauration, grandes baies vitrées, murs blancs et grands espaces. Les œuvres proviennent de leur collection, augmentée de celle de Françoise Caux, dite "Javo".
Max Fourny était pilote de course automobile puis il a dirigé des revues d'arts et, au cours de ses voyages de par le monde, il a constitué, à partir de 1970, une importante collection de tableaux de tous les pays, 1500 œuvres de 54 pays différents (Europe de l'est, Amérique du Sud, Caraïbes, Europe...). Il a publié une dizaine d'ouvrages sur les Naïfs. À sa mort, ses collections ont été réparties entre le musée de Vicq et celui de la Halle Saint-Pierre (Montmartre). En 1951, il a épousé Françoise Adnet, fille du designer Jacques Adnet. Après une carrière de pianiste, elle se tourne vers la peinture et le dessin, influencée par son ami le peintre expressionniste Francis Gruber. On la classe dans le courant misérabiliste avec Bernard Buffet dont elle fut l'élève, Jean Jansen et Michel de Gallard. Elle a illustré plusieurs éditions de romans : Bonjour Tristesse, Lève-toi et marche, les caves du Vatican, quelques romans de Troyat... Elle est morte 23 ans jour pour jour après Max Fourny. À sa mort, son appartement de Paris a été vendu et l'argent reversé à Vicq, ce qui a permis de financer les travaux.
les tableaux de Françoise Adnet et son piano sont exposés dans la dernière salle :
Qu'est-ce que l'art naïf ?
Le terme de naïf a été employé pour la première fois, par moquerie, à propos des œuvres du douanier Rousseau, en 1885. L'art naïf a suscité, dans un premier temps le mépris, peut-être parce que c'est trop simple, trop enfantin et qu'il est le fait d'autodidactes, de non-initiés. La première exposition d'art naïf a été organisée en 1928 par Wilhelm Uhde qui qualifiait les Naïfs de "peintres du cœur sacré". Elle réunissait des œuvres du douanier Rousseau, de Séraphine Louis, de Camille Bombois, d'André Beauchant, de Louis Vivin. Les Naïfs sont admirés de Le Corbusier, Picasso, André Breton, André Malraux et surtout Dina Vierny, muse de Maillol qui les expose au musée Maillol,.
première œuvre de l'exposition : André Duranton, Hommage à Henri Rousseau, 1979, huile sur toile
le tableau du Douanier Rousseau (pas exposé ici) :
Ces dernières décennies, l'art naïf retrouve un regain de popularité.
L'art naïf se caractérise par l'absence de respect de la perspective occidentale définie par Léonard de Vinci : diminution de la taille des objets, des détails et atténuation des couleurs proportionnellement à la distance. Chez les Naïfs, on parle de perspective mentale. Ces effets de perspective erronés donnent un aspect ingénu aux dessins (mais voulu alors que chez l'enfant, cette perspective est spontanée), une absence de profondeur, des personnages parfois figés ; l'emploi de couleurs pures et vives, parfois insolites : un ciel jaune, des trottoirs bleus...sans atténuation à l'arrière-plan ; des détails à l'arrière plan aussi précis qu'au premier plan. Parfois, les formes sont simplifiées et manquent de détails, parfois il y a surabondance de détails. Les œuvres racontent souvent une histoire réelle (fêtes, travaux des champs) ou un conte merveilleux. Les dessins sont intelligibles par tous. Les lieux sont variés : monuments, paysages de campagne, paysages urbains, villages, paysages exotiques...Tous ces éléments, caractéristiques des Naïfs, donnent naissance à une certaine codification et à un autre académisme.
Les œuvres des Naïfs font appel à différentes techniques (huile, gouache, aquarelle, broderie, collage, fixé sous verre, lithographie...) sur différents matériaux (toile, papier, bois, isorel, verre, tissu..)
L'exposition (60 œuvres de nombreux pays) que nous avons vue s'appelle "Naïfs des villes et des champs". Les deux précédentes étaient "Invitation au voyage" et "Bêtes et naïfs". Les œuvres proviennent principalement de la collection du MIDAN et de la Halle Saint-Pierre mais aussi de récents dons (Fabienne Delacroix, Bernard Vercruyce...)
L'exposition actuelle s'arrêtera le 9 mars 2025.
Henri Bruel, Beaucoup d'appelés et peu d'élus, 1983, huile sur toile. On pense bien sûr à la Tour de Babel de Peter Brueghel l'Ancien.
C'est Emma Noyant qui nous fait visiter l'exposition.
Les sujets sont variés, principalement les fêtes populaires, mariages, promenades du dimanche et fêtes de villages ; on y voit des costumes folkloriques, des paysages de campagne, des animaux domestiques. L'église a souvent une place importante dans le village, que ce soit pour représenter des fêtes religieux (très souvent Noël), des mariages mais aussi parce que ce monument le plus important du village est un lieu de rassemblement. Des cités merveilleuses et des paysages oniriques avec des châteaux abracadabrants, des tours s'élevant vers le ciel comme la Tour de Babel, des anges, des châteaux de contes de fées...
Michelle Durix , La Tour de Babel, 1996, huile sur panneau
Franch Ledan, Place du Tertre, lithographie
Franch Ledan, Au chien qui fume, 1982, lithographie
Fabienne Delacroix, Manège à Montmartre, huile sur toile. Sur le manège est écrit "carrousselle" au lieu de "carrousel", une autre manière d'aller vers l'imaginaire.
Carmen Valdès, La maison et le parc, acrylique sur toile, 1987. Comme sur d'autres tableaux, on remarque une certaine symétrie, pas totale : regardez les détails...
Ljubomir Millinkov (Serbie), L'Opéra de paris, huile sur bois. Encore de la symétrie
Joop Plasmejer (Pays-Bas), l'heure de l'apéritif, huile sur toile
Tito Lucareche (Espagne), L'ange bleu, acrylique sur toile
Bruno Epple (Allemagne), Trop de cuisiniers gâtent la sauce. Une œuvre qui ne manque pas d'humour, ainsi que la suivante.
Bruno Epple , Secret de trois, secret de tous, huile sur bois
Jorgelina Florès (Argentine), le cabaret, huile sur isorel
Jorgelina Florès , point de vue sur la ville, acrylique sur toile
Jaroslav Solo (république tchèque), Fantasme nocturne dans la ville, huile sur isorel
Laura Esteban Ferreiro (Espagne), le concert, huile sur toile
Martine Clouet, Quimper, rue Kéréon, huile sur toile. L'artiste a introduit quelques éléments de sa vie personnelle : la boutique de chocolat évoque l'amour de son mari pour le chocolat, les noms des boutiques sont ceux de ses enfants : Lily, Jules, Nathan, Arthur .
Bernard Vercruyce, Le moulin rouge, 1981, aquarelle gouachée
Bernard Vercruyce , le bus de la fontaine du roi, huile sur toile
Rudi Stopar (Slovénie) prisonnier de la ville, sculpture en fer
Bicanic 1985 sculpture en fer, sans titre
Sophie Sirot, 2013 Le martin pêcheur de l'étang-neuf, huile sur toile. Drôle de titre ! Voyez-vous le martin-pêcheur ?
Il est là !
Christina de Santa Maria (Argentine), l'heureuse cité, 1984, acrylique sur toile
Ghislaine Ratier, Là-haut sur la montagne, huile sur toile, 2024.
Ghislaine Ratier, Au pays du rêve
Ghislaine Ratier; un jardin extraordinaire, huile sur toile
Sur les tranches des tableaux, elle a écrit des phrases. Je n'ai photographié que le côté droit. Si vous voulez connaître la suite de la phrase, allez visiter l'expo..
"Il y a des jours où l'on a besoin de s'imaginer au pays des rêves. c'est un endroit magique..."
"Il n'y a pas dans ce jardin de canards qui parlent anglais, ni de statues qui dansent sur le gazon, mais ce jardin..."
"Aller vivre là-haut sur la montagne à l'abri de la violence et des catastrophes qui nous menacent. Vivre sereinement..."
Danièle Petit, J'irai au paradis avec les chiens, huile, acrylique et gouache sur panneau
Edouardo Ungar (Argentine), La fleuriste , 1991, acrylique sur isorel
Anonyme, L'amour
Wim Van Rompuy (Belgique), La barque des mariés, huile sur isorel
Martine Nicolas , La coccinelle, 1985, huile sur bois
Martine Nicolas Le déjeuner sous les figuiers, 1986,
Kovacica Krijajazovic , Trois hommes et trois chiens, huile sur toile
Ljerka Depolo (Croatie), Pourquoi pas la neige au paradis, fixé sous verre.
S Medimorec, Prière à la chapelle, fixé sous verre
Ivka Matina-Marinkovic, Yougoslavie, 1978, la messe de minuit, fixé sous verre
Cette technique de peinture sous verre et non sur verre est très difficile. On peint sur l'envers de l'œuvre de façon que celle-ci soit protégée par le verre.
L’artiste peintre sur verre commence par les détails du premier plan pour terminer par couches successives par les fonds. Pour fixer les pigments, le peintre étale une couche de fiel de bœuf ou de gomme arabique ou encore de jus d'ail. Au fur et à mesure des couches, la peinture recouvre les couches précédentes ! Les retouches sont impossibles. Le peintre peut mettre une glace devant lui pour voir l'évolution de son travail. Il doit imaginer dès le départ la version définitive de l’image à réaliser. Il faut aussi penser que ce qu'il peint à droite se trouvera à gauche sur l'endroit du tableau. La vitre protège la peinture et lui confère son aspect lisse, brillant et lumineux. Mais attention à la casse !
Les naïfs de l'ex-Yougoslavie excellent dans cette technique très difficile.
En Roumanie, dans l'église de Bogdan, dans le Maramurès, nous avons vu des icônes sous verre.
Edara E (Haïti), église en Haïti, huile sur toile
Abika Roussel, le mariage, broderie au passé empiétant, point d'œillet, point de nœud. Les vitres des fenêtres et le chemin sont en toile cousues sur la toile de fond.
Levabalem (Haïti) Roi des routes
Siegfried Kratochill (Autriche), la fête villageoise, 1979, huile sur toile
Serge François , élections haïtiennes, huile sur panneau
Franjo Klopotan , le village sur le coq, lithographie
Tamuas Galmabier, Hongrie, 1975, Les rois mages
Dragan Miailovic , Serbie, Les trois arbres, huile sur toile
Ruth Augustin, Allemagne, 1970, Jeu de boules dans le parc, huile sur bois
Nérée de Grâce, Canada, Une noce en Arcadie, 1985, huile sur toile
Jacqueline Benoît, Adam et Ève chassés du paradis, huile sur toile
Jacqueline Benoît, Les jeux du ciel, 1980, huile sur toile
Maria Bianchi, Les îles fleuries, 1981, huile sur toile
Maria del Carmen Uria, Argentine, le tango, patrimoine de l'humanité, acrylique
P. Lecourt, Le palais aux biches, 1986, huile sur toile
Avril Forest, Haïti, 1982, les élus et les damnés, 1982, huile sur toile
Suzanne Boland Van de Wegle, Belgique, Le paradis et la femme fatiguée, huile sur isorel. Les rêves de la femme fatiguée : faire la sieste, lire des poèmes, ne plus faire la cuisine, cueillir des fleurs, porter une robe blanche avec de la dentelle, jouer au diabolo, parler au rouge-gorge
Jean-Louis Éric, Cueilleuse de fleurs, 1989
Dolcime M. Haïtiens aux champs, huile sur toile
Jean-Claude Sévère, La fête des paysans après leurs récoltes, huile sur isorel. Les personnages sont figés dans l'action. Est-ce par maladresse ou pour entretenir un certain mystère ?
Alexander Ross, Souvenir d'un violoniste, 1982, huile sur toile. écrit sous la signature : "backyard fippler, Bronx, New-York, circa 1936". Encore une symétrie très raide
Nous avons beaucoup aimé cette exposition, pleine de joie, de fraîcheur et d'humanité.
Quelques liens vers mes articles :
exposition "Du douanier Rousseau à Séraphine" au musée Maillol : CLIC
musée d'art naïf et arts singuliers à Laval CLIC
La Fabuloserie (arts brut, singulier, naïf) CLIC
maison de Nicolas Popa (Tarpesti, Roumanie) CLIC
Maison de Robert Tatin, souvent associé à l'art naïf, même s'il a toujours refusé d'appartenir à un mouvement artistique CLIC, CLIC, encore CLIC et dernier CLIC
une autre exposition au MIDAN : CLIC
Où déjeuner près du musée ? Auberge de la Garenne à Saint Rémy l(Honoré














































































