Jan Hus est né vers 1370 à Hisinec en Bohême du sud et mort sur le bûcher en 1415 à Constance. La langue tchèque lui doit le háček (sorte d’accent circonflexe inversé). Ces caractères diacritiques évitent le redoublement des consonnes en ces temps où le papier et le parchemin coûtaient cher.
Petit retour en arrière sur la situation en Bohême et en Europe à cette époque.
Le royaume de Bohême est détenu par les Empereurs de la maison de Luxembourg.
À la fin du XIII è siècle, la bourgeoisie prend davantage d’importance (prêt d’argent aux Princes et au haut clergé) et concurrence les ecclésiastiques en créant des écoles laïques.
De 1295 à 1309, le roi de France Philippe IV le Bel et le pape Boniface VIII s’affrontent (arrestations, fulminations…). Quelques années plus tard, un autre pape, Clément V, s’établit en Avignon. Sept papes français résideront à Avignon. En 1378, Grégoire XI, pape en Avignon, meurt. Son successeur Clément VII est contesté par l'Église, il sera donc pape à Avignon et un autre pape, Urbain VI, est élu à Rome.
Le Grand Schisme d’Occident (1378 à 1417) a démarré. Il ne prendra fin qu’en 1417 avec le Concile de Constance et pendant toute cette période, il y aura des papes et des antipapes (un pape reconnu par l’Église à Rome, un antipape à Avignon et parfois un troisième pape à Pise, en Aragon ou à Rodez !). Période troublée où pouvoir temporel et pouvoir spirituel s’entremêlent. C’est aussi la période de la guerre de cent ans (1337-1453).
À la même époque, en Italie, s’affrontent les guelfes (partisans du pape) et les gibelins (partisans de l’Empereur) : voir Ravenne.
C’est pendant cette période troublée que naît Jan Hus, sous le règne de Venceslas IV dit l’Ivrogne (1361-1419 ; il ne s’agit pas du Venceslas chéri par les Tchèques). Venceslas est le fils de Charles IV (1316-1378) et frère de Sigismond (1368-1437) et de Jean (1370-1396)
Jan Hus fait ses études à l’Université de Prague fondée quelques années auparavant (en 1348) par Charles IV.
Il y est nommé professeur puis devient prêtre. Il prêche à la chapelle de Bethléem (Staré Mesto) et s’adresse aux indigents, étudiants, artisans et aussi aux nobles de la cour. Il prêche le retour à une église spirituelle et pauvre. Il prône la communion sous les deux espèces, la pauvreté des prêtres, la punition des péchés mortels sans distinction du rang du pécheur, la liberté de prêche.
Prague est alors la capitale du saint Empire romain germanique. Jan Hus s’oppose à Venceslas qui autorise la vente d’indulgences.
Avant Jan Hus, d’autres théologiens sont considérés comme des précurseurs du protestantisme : Pierre Valdo et les Vaudois au XII è en France et Wiclif au XIV è en Angleterre.
Jan Hus est accusé d’hérésie, excommunié et finalement, déclaré hérétique par le Concile de Constance, exécuté sur le bûcher à Constance en 1415. Son disciple Jérôme de Prague est brûlé quelques mois plus tard.
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Des émeutes éclatent, c’est le début des guerres hussites. En 1419, les gouverneurs impériaux catholiques sont précipités par les fenêtres de l’hôtel de ville (c’est la première défenestration de Prague). Les guerres hussites dévastent la Bohême, la Hongrie et une partie de l’Allemagne, la peste noire ravage l’Europe, 1380, 1424. Guerres de religions mais aussi de nationalités entre les Allemands (catholiques) et les Tchèques (Hussites).
Le 23 mai 1618, c’est la seconde défenestration de Prague (ou la troisième si l’on prend en compte celle de 1483). Les gouverneurs impériaux sont jetés par les fenêtres du château. 27 représentants hussites sont décapités et les survivants fondent la ville de Tabor au sud de Prague.
La défenestration de Prague entraîne la guerre de trente ans (1618-1648) qui ravage l’Europe et oppose les puissances protestantes et les puissances catholiques. Pratiquement tous les pays sont impliqués dans cette guerre : France, Suède, Pays-Bas, Norvège, Saint Empire, Saxe, Espagne, Hongrie… Il y aurait eu 10 millions de morts. La guerre se termine par les traités de Westphalie avec des remaniements de frontières.
gravures de Callot :
la pendaison :
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l'estrapade :
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l'arquebusade :
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En 1620, la bataille de la Montagne blanche gagnée par les catholiques anéantit définitivement le courant hussite.
En 1781, Joseph II donne plus de libertés (édit de tolérance)
Actuellement, la religion hussite compte environ 80 000 croyants. Elle est appelée religion hussite tchécoslovaque (pratiquée par exemple dans l’église Saint-Nicolas de la place de la Vieille Ville).
Le calice est toujours le symbole de cette religion. Les messes sont dites depuis 1920 en tchèque et non en latin, le célibat n’est pas obligatoire, les femmes peuvent être ordonnées prêtres.
Le monument à Jan Hus a été érigé le 6 juillet 1915, pour le 500 è anniversaire de la mort de Jan Hus.
Au milieu, Jan Hus est représenté grand et barbu. L’était-il vraiment ou était-il petit et glabre ?
À droite, les gens battus en 1434 à la bataille de Lipany (la moitié sont vaincus mais d’autres sont debout, espérant encore), l’un porte un calice (emblème des Hussites) ;
à gauche, les Hussites sont complètement battus après la bataille de la montagne blanche en 1620,.
Pour les Tchèques, Jan Hus fait figure de héros national, représentant leur conflit contre l’oppression catholique, impériale et germanique.
Curieusement, parmi les livres qui m’ont été donnés à couvrir aujourd’hui, se trouve La guerre des pauvres d’Éric Vuillard où sont évoqués Jan Hus et Thomas Müntzer (1490-1525) . Un siècle après Jan Hus, Thomas Müntzer, allemand, a écrit le manifeste de Prague. Dissident luthérien, révolutionnaire, il prêchait pour une théocratie anarcho-communiste avec des réformes plus radicales. Il a été un des chefs de la révolte des paysans, révolte religieuse et sociale, qui a été réprimée dans le sang.